Les élèves arrivent et s'installent plus ou moins calmement. J'attends patiemment que tout le monde finisse sa conversation privée, et petit à petit, tout le monde finit par se taire.
Je commence par leur dire bonjour, et leur dit que je voudrais commencer cette journée par une question : "Qui en a marre des cris et du bruit ?".
27 petites mains se lèvent dans un silence absolu. Alexis, Cyril et Gabriel ajoutent qu'après, ça leur donne mal à la tête quand il y a trop de bruit.
Nous sommes donc tous d'accords ! Je leur explique qu'après la journée d'hier, de laquelle je suis rentrée chez moi avec un gros mal de gorge, j'ai décidé que je passerai cette journée sans crier une seule fois. Pas une !
Je donnerai donc les consignes sans lever la voix (je leur dis "sur ce ton-là", qui correspond à, en gros, un peu plus bas qu'un ton de conversation normal), et que ce sera à eux de prêter attention, que celui qui n'aura pas entendu ne pourra s'en prendre qu'à lui d'avoir papoté avec le voisin.
Que je ne réclamerai pas le silence puisqu'ils vont prendre l'habitude de travailler en silence et de se contrôler par eux-mêmes, pas pour ne pas me gêner, mais pour ne pas gêner les camarades qui travaillent.
Que je vais en revanche donner des croix s'il le faut, sans passer par le cri de rappel à l'ordre de la classe, et que la seule concession que j'accepte de faire sur ce point, c'est de donner un avertissement oral avant de mettre un croix.
Nouveau fonctionnement qui nous aidera dans ce retour au calme et la sérénité : la roue de l'autonomie. Je leur explique qu'à partir de maintenant, ils devront se fier à cette roue qui leur dira ce qu'ils ont le droit de faire (fichiers autonome, jeux autonomes de l'armoire, livre libre, ou rallye lecture). J'ajoute que les jeux autonomes à 2 ont été supprimés (car ils généraient trop de bruit) à l'exception de deux jeux que je garde sur mon bureau ; les élèves qui seront dans la couleur des jeux et qui voudront en faire un à 2 devront me donner la permission, et tous les duos qui ne prouveront pas qu'ils peuvent le faire en chuchotant perdront le droit d'en faire.
De la même façon, les élèves qui papotent sur le chemin pour aller chercher de l'autonomie, qui papote au fond devant l'armoire, qui insulte les camarades au passage, tape sur leur table, ou passe un temps démesuré au fond à choisir l'activité ou le livre histoire de voir défiler les copains et pouvoir parler avec eux, tous ceux qui auront ce type de comportement perdront le droit à l'activité autonome et devront s'asseoir à leur table, bras croisés, et attendre que l'on passe à autre chose. Je leur rappelle au passage que l'autonomie est un privilège, qui est donné car nous pensons qu'ils sont responsables et assez grands pour être seuls pendant un temps sans déranger le reste de la classe.
Je continue avec une mise au point rapide : les élèves ont pour habitude de venir me voir à peu près toutes les 5 minutes pour me dire qu'ils ont mal au bras, au ventre, au petit doigt, à la tête, au genou, aux yeux....... (et je n'en rajoute pas !). Je commence donc par leur expliquer qu'une maîtresse n'a pas le droit de donner des médicaments, au cas où ils seraient allergiques, et que donc ça ne sert à rien de se lever en plein travail, pour venir me voir, me déranger pendant que je fais un travail avec un autre élève (pour la énième fois), puisque je ne pourrais strictement rien faire pour eux.
Seuls ont le droit de venir ceux qui se sentent vraiment malade, qui ont un besoin urgent de courir aux toilettes, ou qui auraient besoin qu'on appelle les parents.
J'en profite pour redemander les règles de la classe aux élèves, qui me les donnent toutes (donc ils les connaissent bien !). Nous sommes prêts à partir pour la journée !
Le français se passe sans encombre, avec quelques avertissements mais sans sanctions dans l'ensemble. Je fais le plus gros du travail avec eux, en collectif (à cause de ce fichu fichier qui prévoit des exercices bien trop difficiles parfois). On enchaîne tout de suite avec la dictée, et déjà c'est l'heure de la récréation (l'explication du matin a pris du temps !).
Adam et Théo viennent me voir en me tendant des feuilles ; "on a fait ça pour toi hier". De beaux dessins, annotés "pour toit" de la part d'Adam, et "pour toi" de la part de Théo, avec une multitude de coeurs. Il y en avait un hier, aujourd'hui il y en a 5 ou 6 !
(Allez maîtresse, on est désolés hein, nous en veut pas pour hier !)
On rentre à nouveau en classe pour un entraînement sur les soustractions à retenue. Je garde mes trois mousquetaires avec moi cette fois, et j'envoie à E. un nouveau groupe qui a fait des fautes sur leurs fiches hier, et qui aurait besoin d'un peu de renforcement en petit groupe. On reprend quelques exemples au tableau et je détaille étapes par étapes, en rappelant les erreurs qui peuvent être commises, et pourquoi ce sont des erreurs. Je les lance sur fiche et m'attaque à aider mon trio.
Romane ne fera pas des soustractions à retenue (bien trop dur pour elle, et après notre décision de l'orienter en CLIS, nous préférons consolider les acquis qui sont déjà fragiles, plutôt que rajouter des notions de plus en plus complexes). Je lui donne un petit jeu pour s'entraîner aux soustractions simples à faire de tête, sans poser, et c'est déjà laborieux pour elle !
Orlane, elle, a tout compris !!!! Pendant que je fais les premières avec Killian, en détaillant les étapes et en reprenant ce qui pose problème, elle se lance seule dans son coin. Au moment de la relire... tout juste !!!! Je n'en reviens pas, je suis ébahie, et je la félicite encore et encore !
Killian quant à lui a quelques difficultés au départ (en comptant 10 des deux côtés, puis 1 des deux côtés, puis en oubliant la retenue...), mais finit par avoir le déclic et au bout de la troisième opération, pose seul ses retenues sans se tromper dans son calcul !
C'est une affaire qui roule ! E. me ramène le groupe, et me confie que mis à part Patrick qui est encore un peu fragile, les autres ont compris et se débrouillent très bien. Ouf ! E. aura été encore une fois d'une grande aide, et aura permis de prendre de résoudre les soucis de suite, en faisant un petit cours particulier.
Voilà qu'il est l'heure, et nous partons déjà nous ranger dans le couloir. Chacun repart, et je mange avec E. en salle des maîtres. On discute de la classe, de notre future organisation, de Romane, des élèves aux soucis de comportement... Ca nous permet de faire le point, de se mettre d'accord et d'échanger des idées, ça fait du bien ! Je me fais la réflexion que (vraiment) très peu de mes collègues à l'ESPE ont la chance de pouvoir échanger comme cela avec leur mi-temps, qu'elles ne voient pour ainsi dire presque jamais.
E. finit par partir, pour faire un remplacement cet après-midi.
Moi je retrouve ma classe qui s'installe en classe et se calme assez rapidement. Je leur accorde une bille, car ils se sont bien tenus le matin (même si je pointe du doigt aussi le fait que j'ai remarqué que des fichiers n'avaient pas été corrigés à certaines pages et qu'il y avait plutôt intérêt à ce que ce soit fait pour la rentrée).
Tout le monde note les devoirs, on fait ensemble le mot du jour et, comme il me reste quelques minutes avant la musique, je leur propose de tester la visualisation.
Qu'est-ce que la visualisation ?
Pour ceux qui ne connaîtraient pas, la visualisation consiste à fermer les yeux et à essayer de voir (de visualiser héhé), de se représenter des images. Je commence par exemple par leur demander d'essayer d'imaginer un stylo de leur trousse, un stylo bleu. Je leur dis qu'ils doivent essayer de le voir vraiment, comme s'il était devant eux, posé sur la table. Puis ce stylo devient rouge....
Je leur fais plusieurs petites images à visualiser de ce genre, pour s'entraîner un peu. Puis je leur demande d'imaginer qu'ils prennent ce stylo et que, avec, ils vont écrire le mot que nous venons de voir sur une feuille, toujours dans leur tête, sans le faire pour de vrai.
Une fois qu'ils l'ont fait, ils ouvrent à nouveau les yeux pour vérifier qu'ils l'ont écrit correctement "dans leur tête". Pour la plupart, c'était juste ; tant mieux !
Je termine en expliquant que ce type d'exercices aide à mémoriser l'orthographe des mots, et que s'ils ont des difficultés avec un mot de notre liste, ils peuvent essayer de faire la même chose chez eux pour s'aider.
Il reste encore quelques petites minutes...
Comme je voulais introduire une chanson de "retour au calme", je décide de le faire à l'instant, puisque chacun commence à partir dans sa conversation privée. Je récupère une petite chanson qui ne veut rien dire (une suite de syllabes sans sens), avec un rythme bien régulier, que l'on m'avait apprise en primaire (et qui est restée !).
Je commence à la chanter, tout en tapant le rythme sur la table. Je vais jusqu'au bout, et les enfants me regardent avec de grands yeux ronds. A la fin de la chanson, Alexis lance ; "Ca y est, la maîtresse a pété un câble !" et de grands éclats de rires envahissent la salle !
Je leur explique donc le but de cette chanson, que je vais leur apprendre évidemment.
Pas bien le temps d'en dire plus, on frappe à la porte : c'est l'heure de la musique !
Lorsque j'arrive dans la salle, le temps d'installer mes élèves, et c'est un vrai poulailler ! Je ne sais plus qui de mes CE1 ou des CP de N. font le plus de bruit... Tant pis pour ma résolution, je crie un coup pour demander le silence. N. vient m'appuyer et ajoute que si c'est comme la dernière fois, celui qui papote avec le voisin fera des maths au lieu de la musique.
Evidemment, Cylian, grande bouche, vient dire "oh ouais !". Pas de bol, N. n'apprécie pas !
Elle le prend au mot ; "Ok, c'est gagné, tu fais des maths !". Elle le prend avec elle pour aller chercher des exercices, et précise aux autres que s'il y a d'autres volontaires, aucun problème !
Ca a le mérite de faire taire tout le monde immédiatement...
Les élèves écoutent Pierre religieusement, et chantent avec enthousiasme (vous avez dit peur ?). Nathalie revient et me confie que Cylian avait été absolument insupportable vendredi pendant les raquettes, et que ça avait été la goutte d'eau, ou plutôt, la remarque de trop ! Pas de soucis, ça fait du bien aussi !
On finit la musique laborieusement (durée d'attention du groupe : 20 minutes, pas une seconde de plus !), et on sort en récréation, durant laquelle Killian, Alice et Jade viendront me voir 4 fois pour se plaindre les uns des autres, à leur habitude.
Ali fait des siennes aussi : il donne un violent coup de pied qui met Jérémie en pleurs. Je m'énerve, évidemment, et lui passe une brasse en lui expliquant qu'il n'était pas normal de mettre ses copains dans des états pareils, et que ça finirait un jour par être plus grave encore s'il continuait à avoir des gestes violents. J'envoie Jérémie se mettre un peu d'eau froide sur le genou, et j'explique calmement (mais fermement) à Ali qu'il est dommage d'avoir un tel comportement alors que ça fait plusieurs semaines qu'il a réussit à se maintenir dans le vert, et qu'il nous a montré combien il était capable de changer. Là dessus, il se met à pleurer ! Je lui dis qu'il a visiblement compris que le geste était de trop et que je lui mettrai une croix, en attendant de lui une amélioration pour ne pas tomber dans le orange.
On rentre finalement en classe pour une séance d'EMC !
J'attaque avec eux un cycle sur l'empathie et les sentiments, cycle sur lequel je fais mon mémoire. Julie me demande pourquoi on peut pas faire lutte à la place d'EMC, pour rattraper la séance que l'on n'a pas faite hier.
Je leur explique donc que comme cette année je suis un peu maîtresse et un peu élève aussi, je vais devoir rendre un dossier qui parle de ce qu'on fait en EMC, pour expliquer ce qu'on a fait, et que donc je ne peux pas commencer plus tard que cette semaine, sinon je n'aurai pas le temps de tout faire.
"Mais après, tu vas le donner à quelqu'un ton dossier ?
- Oui, à mes professeurs, pour qu'ils décident si je reste maîtresse ou pas.
- Ho ben oui, faut que tu restes maîtresse !!"
Ca ça fait plaisir !
J'attaque finalement ma séance, avec aujourd'hui la lecture d'un album (le collectionneur de sentiments), et une suite de questions pour vérifier la compréhension. Dur dur de rester concentré tout ce temps, j'en perds quelques uns qui décrochent au moment des questions, mais au moins, tout le monde a été plus que concentré pendant la lecture.
A la fin, je leur accorde même une bille ; ils sont maintenant à 14 billes, les voilà surmotivés pour en gagner une nouvelle, qui leur permettra de gagner un privilège, choisit par leurs soins !
Ils partent avec le sourire... et moi aussi ! Voilà une journée dont je suis satisfaite, et je rentre à la maison, heureuse et tout autant surprise d'avoir réussi ma "journée sans cris". Nous verrons si ça dure !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire