lundi 1 février 2016
Sans rancune
Matinée qui commence comme d'habitude sur les chapeaux de roues comme d'habitude, à courir de partout pour préparer la journée qui s'annonce.
La première tête qui passe par la porte c'est E., que je n'avais pas vu depuis deux semaines ! Voilà une bonne nouvelle, nous attaquons aujourd'hui la soustraction posée avec retenue, un coup de main ne sera pas de trop...!
Les élèves arrivent finalement, le sourire aux lèvres. Ils entrent et c'est déjà le chaos, les bavardages envahissent la classe. J'arrive à les calmer, juste le temps de me rendre compte que j'ai oublié mon cahier journal dans la salle de la photocopieuse... Je les laisse trente secondes pour aller le chercher. Evidemment, il leur en faut bien moins que ça pour recommencer à parler et prendre leurs aises.
Quand je reviens, ce sont à nouveau 2 à 3 minutes que nous perdons pour retrouver le silence. Voilà une journée qui s'annonce mal...
Les élèves demandent si on peut faire les "2 minutes quoi de neuf ?". J'accepte, les voilà donc qui me racontent ce qu'ils ont fait du week-end. Après deux minutes de moment détente, ils me demandent ce que moi j'ai fais pendant le week-end. Je souris : "je suis allé à Disneyland...". J'entends les "heeeeen la chaaaance" se multiplier, entre deux "ben moi j'y suis encore jamais allé", ou encore "moi aussi j'y suis allé telle année !".
J'essaye de les calmer tout de même pour commencer les cours, ce qui n'est pas facile. Récitation de leçon (apprise il y a deux semaines, normalement révisée ce week-end) ; leçons sur le radical et la terminaison des verbes, les terminaisons des verbes en -ER au présent, les verbes Etre et Avoir. Je commence la récitation au milieu d'élèves complètement endormis (ou plutôt cherchant à se faire oublier !). J'interroge au hasard (j'évite Gabriel, Alexis et Sara qui se détruisent le bras à me montrer qu'ils connaissent la réponse et que j'ai déjà interrogé 3 fois chacun). C'est bien la première fois que je trouve que la classe est si silencieuse...!!!
Mais on finit par y arriver, la première récitation des deux leçons se termine. Je relance des élèves qui n'avaient pas su répondre sur les mêmes notions, pour voir s'ils peuvent maintenant répondre aux questions. Même blanc pour la plupart d'entre eux (sachant que j'ai passé la première récitation à leur demander d'écouter pour se rappeler de ce qu'ils ne savent pas encore bien). Je leur dit qu'ils devraient connaître s'ils ont écouté ce qu'on vient de dire. J'interroge au hasard, et lance rapidement des "tu n'as pas écouté" à chaque élève qui reste la bouche ouverte (histoire de les réveiller un peu), avant de passer à un autre élève.
Ce n'est qu'au bout de la 5ème récitation (sisi, 5ème), que tous les élèves sont capables de répondre correctement (ou presque). Je leur lance un ultimatum : j'interroge tous les élèves semaine prochaine, j'attends à ce qu'ils sachent leur leçon par coeur !
On peut enfin commencer la séance de français. J'envoie mon petit groupe à E. et je lance tout le monde sur des exercices de reconnaissance de nature de mots. On commence par des exercices ensemble ; j'écris une phrase au tableau, je montre un mot, à eux de lever la bonne étiquette. On en profite pour se rappeler comment reconnaître la nature des mots, quelles questions se poser.
Je passe les consignes d'exercice et je prends même le temps de faire à l'oral l'exercice 2 avec eux pour éviter les soucis de compréhension (il s'agissait d'entourer les groupes nominaux et de remplacer, quand c'est possible, pas il ou par elle). Je les lance finalement en solo et je passe dans les rangs pour aider ceux qui en aurait besoin. Peu de demandes pour une fois (du genre "j'ai pas compris", même si Gabriel tente quand même le coup et se fait renvoyer immédiatement), à croire que mes remontrances sur le fait d'expliquer 5 fois la consigne et les renvois répétés ("tu n'avais qu'à écouter !"), finissent par marcher et les force un peu à écouter.
Ce n'est que pendant l'italien, après avoir fait une page de français avec mon petit groupe pour préparer la journée de demain, que je commence les corrections des fichiers. Et que je découvre que certains n'ont toujours pas écouté...
C'est un peu désespérant quand on se rend compte : qu'on a passé plus de 10 minutes à expliquer deux exercices, qu'on a proposé des exemples pour se rappeler des notions, qu'on a fait l'exercice à l'oral pour être sûr que ça soit compris et suivi, et que pendant tout ce temps on s'est efforcé encore et encore à répéter qu'il faut écouter parce qu'après on viendra me dire qu'on n'a pas compris, ou alors qu'on n'y arrive pas, ou alors qu'on me remplira la page n'importe comment, sans faire attention à ce qui est demandé (et, au passage, après avoir rappelé qu'ils savent quand même lire depuis un an et qu'ils peuvent lire les consignes si jamais ils ne se rappellent plus ce qu'il faut faire)....
.... et qu'après tout ça, on a encore 5 élèves qui font n'importe quoi au deuxième exercice, soit en me notant groupe nominal + pronom (la girafe elle court), soit en me recopiant purement et simplement la phrase de départ sans faire aucune transformation (la girafe court), soit en enlevant tout bonnement le groupe nominal à remplacer (court) !
J'en parle le midi avec N., et lui confie que je suis effarée de voir à quel point il est IMPOSSIBLE d'obtenir l'attention d'absolument tout le monde, qu'on en perd toujours au moins 3-4, pourtant en redemandant sans arrêt l'attention et la concentration (parfois plus de 10 fois en une consigne). Elle approuve totalement, et me dit qu'elle avait le même souci avec eux l'année passée ! Je trouve ça tout de même vraiment effarant de ne pas arriver à capter tout le monde pour une passation de consigne de 10 minutes...
En espérant que ce ne soit pas un souci de génération !
Et pendant que je corrige, Cylian, particulièrement pénible depuis la semaine dernière, choisit tout simplement de se dessiner une moustache au feutre pour faire rire les copains, pendant que Sara, l'intervenante, s'égosille pour avoir l'attention de tous...
La brasse et la punition de Cylian ont au moins le mérite de calmer tout le monde un moment..!
On mange entre collègues et on partage nos impressions. On se met d'accord avec E. pour faire l'échange des thèmes en mathématiques pour les deux prochaines périodes (sur la demande de ma PEMF), mais nous ne ferons pas l'échange en français (E. commence à s'habituer à son fichier de lecture et je me suis approprié celui d'étude de la langue).
Nous en profitons aussi pour décider ensemble de la trame du spectacle de fin d'année, qui se fera cette année sur le thème d'un maître qui part à la retraite, afin de dire au revoir à P., le directeur, qui s'en va cette année !
Cet après-midi, c'est la soustraction posée à retenue.
Pour expliquer un peu : pour la soustraction avec retenue, deux techniques existent :
- la méthode française : on ajoute un petit "1" devant l'unité en haut (pour passer par exemple de 1 à 11), et on met un "1" devant la dizaine en bas. De cette façon, j'ajoute une dizaine dans les unités et dans les dizaines, et je conserve l'écart initial.
- la méthode anglaise : on "casse" une dizaine pour faire la soustraction. Par exemple, si j'ai 32-26, je vais casser le 32 en 20 + 12 (je barre le 3, je note 2 à la place, et j'ajoute un 1 devant le 2 des unités).
La méthode anglaise est très simple à expliquer aux élèves, puisqu'on peut utiliser facilement le matériel et montre qu'on peut retirer un barre de dizaines de l'ensemble et mettre 10 unités à la place.
En revanche, la méthode française est particulièrement ardue : expliquer la conservation des écarts serait l'idéal, mais on est sûr de perdre tout le monde... Et les élèves ne comprennent pas : pourquoi le 1 mis en haut vaut 10 et le 1 mis en bas vaut 1 ? Il faut en plus songer à ne pas en oublier un dans sa pose de retenue !
Fort heureusement, mon fichier prévoyait de l'aborder par la méthode anglaise ! Quel bonheur !
Jusqu'à ce qu'on en parle ce midi avec E... Et que M., instit' des CE2, m'explique que par la suite, les années suivantes, ils utiliseront la méthode française, et qu'il faut donc que je leur enseigne la méthode française et non pas anglaise, comme proposée dans le fichier !
Hé zut...
Evidemment, je n'avais pas préparé la séance dans ce sens, je dois donc préparer une feuille d'exercices en dernière minute, juste avant d'entrer en classe (modifier donc la page du fichier) et faire une leçon en quelques minutes, tout en essayant de prévoir comment je vais leur expliquer cette méthode...
Pas terrible la préparation de dernière minute !
J'entre en classe et commence par un rappel de l'addition à retenue.
Je passe ensuite à un rappel de la soustraction avec des entraînements.
Puis je leur pose une soustraction qui nécessite une retenue et leur demande de chercher la réponse.
Evidemment, certains calculent de tête (et font des erreurs, avec ces grands chiffres !), un autre me note "00", un dernier me note une retenue au hasard, ayant compris qu'il faudrait faire quelque chose à ces maudits chiffres !
Je prends l'exemple d'Alexis (qui m'a répondu "00") pour montrer le problème qu'on a dans la soustraction ; impossible de faire 1-6 !
Céline lève le doigt : "mais pourquoi on ne ferait pas 6-1 ?". Première erreur classique, sur laquelle je saute immédiatement pour leur montrer qu'on ne peut pas faire ça sans que ça inverse la soustraction et donne d'autres chiffres que ceux demandés à la base.
Je passe dans mon explication ; j'ajoute une dizaine dans la colonne des unités pour pouvoir faire 11-6, mais vu que je ne peux pas simplement ajouter une dizaine comme ça, il faut que j'en ajoute une en bas, pour en soustraire une de plus et conserver l'écart.
Dur dur évidemment... J'explique de différentes façons, je prends le temps avec un premier exemple. Je leur donne une soustraction à faire sur ardoise.
Des erreurs évidemment, mais c'est normal !
On fait la correction ensemble, un élève vient et explique comment il a fait selon ses mots. Je reprends, je réexplique la méthode en décortiquant au maximum.
Deuxième exemple : encore des erreurs, mais moins !
Deuxième correction et double explication de la méthode à nouveau.
Troisième exemple, quatrième, cinquième... Les erreurs se dissipent, celles qui restent sont des erreurs de calculs (même si je sais que certains, sous des apparences de bonne compréhension, sont en fait dans l'erreur et que je ne verrai ça qu'à la correction des fichiers).
Je lance tout le monde sur la page modifié du fichier. J'envoie mon petit groupe à E., en y ajoutant Théo qui est déjà un peu dans le brouillard...
Je profite de cette classe réduite pour rester avec ceux qui ont des difficultés sur ce type de calculs. Il est déjà l'heure de la récréation ; ceux qui ont terminé sortent, les 4 élèves qui sont encore sur leur fiche restent là. Reste notamment Léa, qui a l'habitude de choisir quand elle travaille et quand elle ne travaille pas (par exemple, pendant les entraînements, j'ai du la forcer à me proposer une réponse à une soustraction en attendant d'avoir sa réponse pour passer à autre chose). Je l'accompagne donc pour la pousser à prendre un peu confiance en lui montrant qu'elle sait faire et qu'elle fait bien, et en la forçant ainsi à faire les exercices.
Ali est là aussi, et a mal compris le système de retenue (il n'en tient pas compte au début, puis quand il voit qu'on ajoute 10 en mettant celle du dessus, la prend en compte mais compte aussi 10 pour celle du dessous). Je reprends avec lui et il fait les dernières seul et juste. Super !
Tamara et Jade s'accrochent elles aussi et réussissent tant bien que mal à en faire une seules.
Tout le monde sort finalement pour un petit temps de récréation.
On retourne en classe à la surprise générale ; "on va pas en lutte ?". Ha non... Après avoir passé la journée à demander concentration et silence, c'est hors de question !
Je décide de faire un moment de devoirs comme la dernière fois.
Mais même ce temps, qui par deux fois s'est passé dans un calme absolu, devient un vrai cauchemar ! Je demande le silence toutes les minutes, et même la musique n'arrive pas à les apaiser.
Je les renvoie finalement chez eux, et me retrouve avec un mal de gorge, de tête, et une fatigue morale et physique que je n'avais encore jamais eu. C'est bien la première fois qu'ils me font subir un Lundi comme celui-ci...
Heureusement, comme ne voulant pas me laisser partir trop fâchée, Théo me glisse un dessin dans les mains, avec de belles couleurs et quelques coeurs, annoté au dos "Pour toi". Après avoir passé ma journée à râler, voilà qui rassure sur la capacité incroyable des enfants à aimer et à... oublier ?
Je me confie à N. dans un "dis-moi qu'ils sont insupportables toi aussi...". Elle rigole et me dit que oui, aucun souci à me faire, c'est partout pareil ! Ca rassure un peu...
Je rentre finalement chez Isabelle avec des fiches à corriger dans le sac.
Je prépare une "roue de l'autonomie". Les activités autonomes sont en effet un succès pour ce qui est de l'entraînement à différentes notions et de la différenciation des niveaux et des rapidité d'exécution d'exercices, mais un vrai problème pour le calme et le silence. Les élèves profitent d'être devant l'armoire pour papoter gentiment avec les copains venus chercher aussi de l'autonomie, papotent au passage avec les copains encore assis et en train de travailler (quand ils ne font que papoter et ne vont pas taper dans la main, prendre le stylo, faire tomber la feuille, insulter...). Bref, un vrai souci...
Ce sera donc une roue de l'autonomie : je garde les 4 groupes de couleurs, mais l'un d'eux devra rester à sa place faire des fiches autonomes distribuées, l'un pourra prendre une activité autonome, le troisième pourra prendre un livre, et le dernier devra faire un rallye lecture. Et les activités autonomes à deux seront supprimées !
Ainsi, pas d'histoires de "y'en a qui prennent des activités d'un autre groupe de couleur", ou de "y'en a qui range les activités dans une autre couleur !".
En espérant que cela aide vraiment à régler le souci de bruit en autonomie...
Je finis ma petite préparation, envoie quelques mails, et me prépare à sévir sur les règles de classe (c'est parti pour "la sorcière" comme l'appelle Corinne !), avec des distributions de croix (ce que j'essayais d'éviter au maximum jusque là), des punitions, l'envoi des plus pénibles dans la classe d'à côté ou au fond, sur une table isolée. Nous verrons si ça aide à changer les choses, histoire de passer encore ces deux semaines dans une atmosphère un peu plus apaisée et agréable...!
(en attendant, je rêve de ma classe prochaine, tout en espérant revoir déjà la mienne calmée après ces prochaines vacances ! C'est beau, c'est super le métier de maîtresse, mais parfois, c'est épuisant...)
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Courage, dis-toi qu’a priori, tu n’auras pas toujours des classes comme celle-ci !
RépondreSupprimerCourage, dis-toi qu’a priori, tu n’auras pas toujours des classes comme celle-ci !
RépondreSupprimerEt heureusement ! Mais des fois, je me dis que j'aurai peut-être pire... alors j'essaye de me remettre un peu en question et de trouver des solutions !
Supprimer(je pense que je vais commander quelques livres pour mon anniversaire...)