mercredi 27 janvier 2016
Séances de théâtre...et de règlements de compte
Ce mardi, Isabelle me dépose gentiment à l'école en voiture. Je n'ai plus qu'à me glisser dans l'école chauffée et commencer ma journée.
Après m'être battu contre la plastifieuse quelques minutes, je cours à droite et à gauche pour que la classe soit prête à temps. Quand les élèves arrivent enfin, je suis prête pour affronter mes petits monstres.
On commence par des changements de places, car certains élèves sont de vraies pipelettes... Ce problème restait gérable jusque là, mais quand on voit que les résultats de ces élèves baissent, là il y a problème...
Les élèves embarquent sous le bras leurs affaires et s'installent dans un brouhaha ambiant.
Retour au calme pour commencer des mathématiques. On attaque la soustraction posée sans retenue. Je propose une soustraction à plusieurs chiffres, trop compliquée à résoudre en comptant dans sa tête. Je demande à un élève de venir au tableau, élève qui me propose immédiatement une soustraction posée. Visiblement, l'addition posée a donné quelques automatismes !
Je donne plusieurs exemples que les élèves effectuent sur leur ardoise. Mis à part quelques confusions de signes (certains font une addition au lieu de la soustraction), rapidement tous les élèves posent et résolvent de manière juste.
Au moment de la correction de la première soustraction, Tamara me demande pourquoi, lorsque je demande de faire 58-25, on ne note pas le 25 en haut et le 58 en bas. Je leur explique la spécificité de l'addition où les chiffres peuvent se permuter, alors que dans la soustraction c'est impossible. Pour le leur montrer, je pose la soustraction qu'elle me demande et lui montre déjà que ce n'est plus 58-25 mais 25-58, ce qui n'est pas la même chose. Tous les élèves s'exclament qu'effectivement c'est impossible, et que ça donne 0.
Je leur explique qu'en réalité on pourrait faire cette soustraction mais que ça donnerait un nombre négatif, et qu'ils ne verront ça qu'au CM2. Les élèves sautent sur l'occasion pour me demander de résoudre la soustraction 25-58. Je leur donne le résultat (négatif), et nous voilà partis avec d'autres exemples. Evidemment, à chaque correction, j'ai le droit à "et maintenant, tu peux faire l'inverse ???".
Chacun est prêt à attaquer le fichier. Malheureusement, ce dernier est toujours aussi mal fait... Il propose, une fois la soustraction posée et résolue, de poser à côté une addition pour vérifier que le résultat est le bon et qu'on retrouve bien le premier chiffre posé. J'essaye de leur expliquer pourquoi et comment le faire, mais je sens déjà que certains sont perdus... Je ne m'y attarde pas trop car l'essentiel est surtout qu'ils arrivent à réaliser la soustraction, tant pis s'il ne comprenne pas comment faire pour vérifier par l'addition !
Ils attaquent le fichier et le termine bien vite. Rapidement plus de la moitié de la classe se retrouve en autonomie et le brouhaha commence. Déjà agacée de demander le silence pour la 5ème fois, je demande de ranger l'autonomie et tout le monde est renvoyé à sa place, bras croisés sur la table. Le silence s'installe, mis à part quelques chuchotements. Je leur fais remarquer à quel point c'est silencieux et leur explique que c'est ce que j'attends d'eux à chaque fois, où je serai obligée d'annuler l'autonomie comme je viens de le faire. Seuls les élèves capables d'être silencieux seront autorisés à être en autonomie.
On part finalement en récréation. Au retour, c'est notre toute première séance de théâtre et les enfants sont emballés ! Je commence par demander si quelqu'un sait ce qu'est le mime ; beaucoup d'entre eux connaissent déjà. Je m'hasarde à demander si quelqu'un connaît un acteur célèbre qui faisait des films muets, en noir et blanc, mais qui est mort il y a longtemps. Chacun me regarde, attendant la réponse... Mais Amar lève le doigt et me sort effectivement le nom de Charlie Chaplin !
Comme les élèves me demande de voir un extrait, je leur promets d'en passer un si nous finissons assez tôt.
Nous nous lançons dans le mime de plusieurs situations que nous relions ensuite à des émotions. Tout le monde veut passer évidemment, ce qui créé quelques frustrations... Mais dans l'ensemble tout se passe bien et les élèves sont capables de faire un retour sur comment mimer telle ou telle émotion. Chacun se prête au jeu et la séance est vite terminée !
Chacun part manger et je cours à la boulangerie pour acheter un sandwich, que j'avale devant une correction d'évaluation. J'enchaîne avec les fichiers de français et de maths et les élèves sont déjà de retour. Nous retournons en classe et faisons un autre exercice de français avant de filer en musique. Au moment de partir pour la classe de musique, les élèves sortent et se chuchotent les uns les autres "chut, pas de bruits pour faire plaisir à la maîtresse !". Je souris, amusée, et je dois avouer que pour une fois, il y a beaucoup moins de bruits dans le couloir...!
Pierre essaye de contrôler les élèves pour leur faire chanter de nouvelles chansons, mais un bruit de fond persiste, créé par les discussions des uns et des autres. N., qui est là aussi avec sa classe, me souffle que de toute manière, parfois ça ne veut pas, et quand ils ne sont pas opérationnels, ça ne sert à rien d'insister pour avoir le silence...
On finit la séance tant bien que mal et avant de les laisser partir en récréation, je les fais revenir brièvement en classe pour leur rappeler les règles pour que l'on puisse avoir lutte. Au moment où les élèves rentrent, je vois Alexis donner un violent coup de poing à Joriss, qui se met immédiatement à pleurer... Je me tourne vers lui et lui demande pourquoi il a fait ça. Il me regarde, avec un air de chien battu ; "il m'a tiré le tee-shirt...".
Epuisée par les rappels à l'ordre incessants de ces deux jours, par les règlements de compte permanents (machin m'a insulté, m'a tappé, m'a fait un doigt d'honneur...), j'entre dans une colère noire. Je crie que ce n'est pas comme ça qu'on règle ses comptes, qu'il va falloir qu'ils imprègnent ça au bout d'un moment car il n'est pas normal qu'on se tue à leur rappeler qu'il ne faut pas se taper dessus à leur âge. Que nous ne sommes pas des animaux, que si les êtres humains ont la parole c'est bien pour pouvoir régler leurs soucis autrement et ne pas se comporter comme des sauvages. J'hurle presque, je n'en peux plus de devoir faire ces rappels. Je redescends d'un ton, je demande à Alexis de me donner son carnet et reviens à ma voix normale pour leur expliquer que lorsque je rentre chez moi le mardi soir, il y a trop de fois où je suis épuisée par les rappels à l'ordre, et que je suis déçue de ma journée parfois alors qu'il y a des moments où tout se passe tellement bien...
J'explique que si je ne passe pas un bon moment, il y a de fortes chances pour qu'eux non plus, donc nous avons tous intérêt à changer le comportement des uns et des autres pour que ça se passe mieux et que j'arrête de crier pour rappeler des règles basiques et évidentes.
Chacun me regarde avec des yeux attristés et semble prêts cette fois à coopérer pour que nous puissions avoir lutte. Tout le monde sort courir dehors et je prends un moment pour expliquer à Alexis que j'ai vu que le dernier mot de son carnet était un mot de E. pour dire qu'il fallait qu'il change de comportement. Nous faisons donc un point tous les deux. Je lui dis que parfois on a des soucis et que ça nous met en colère et nous fais faire de mauvaises choses, et que s'il avait le moindre souci à la maison ou à l'école, il pouvait venir m'en parler pour qu'on règle ça et que je puisse être plus patiente avec lui, plus compréhensive. Mais que s'il n'y avait pas de ce genre de soucis, c'était un comportement qu'il avait en ce moment et qu'il avait besoin d'une punition pour comprendre qu'il faut le changer définitivement. Il acquiesce et me dit qu'il est d'accord. On tombe d'accord pour qu'il fasse des efforts par la suite pour changer ça et arrêter de régler ses soucis seuls.
Pendant la récréation, Amar et Ali viennent me chercher pour me dire qu'un groupe de CE2 les embête et les pousse. Ca ne paraît rien, mais c'est là une grande victoire ! Ces deux-là ont l'habitude de régler leurs soucis seuls en poussant, en insultant... Qu'ils viennent me voir est un grand pas !
En fin de récréation, alors que tout le monde se range, Ali et Amar vienne se placer au-devant du rang, juste devant moi. Ali me demande quel âge j'ai ; "parce qu'Amar me dit que tu as 23 ans, c'est vrai ??". Je souris, je lui dis que c'est bien vrai. Ali a l'air complètement choqué ! Je lui demande quel âge il pensait que j'avais. "Ben je sais pas, 24, ou 25 !" (moui, en voilà une différence !). Il réalise à nouveau quelque chose ; "mais ça veut dire que tu as le même âge que ma soeur ????". Ha ben peut-être... Ca a l'air de lui en boucher un coin !
Comme chacun a respecté les deux premières règles et que, pour une fois j'ai un rang correct, nous montons en salle de dojo. La séance commence bien, comme toujours. Mais, comme toujours, arrivé à la moitié du temps et des activités, j'ai perdu la moitié de ma classe qui n'écoute tout simplement plus... J'essaye de les rappeler à l'ordre, de changer de disposition... Mais ils sont bien peu nombreux à écouter les solutions trouvées pour "retourner la tortue".
Je persiste et abandonne finalement à 16h20 pour leur faire un peu de relaxation. Même pendant ce moment, certains en profite pour se rouler d'un côté et de l'autre, pour lever les pieds et les faire tomber lourdement, pour faire des mouvements avec les bras et ainsi faire du bruit...
Je les laisse finalement repartir. Au moment de quitter la salle, je m'aperçois qu'il n'y a plus qu'une seule des boucles d'oreilles de Romane sur la table... Je vérifie les pulls posés à côté (des fois qu'elle y soit accrochée), plusieurs élèves m'aident à chercher par terre et dans la salle... Mais plus le temps de chercher, il faut aller prendre le bus !
J'explique à Romane que je reviendrai pour chercher et qu'on la retrouvera bien. Elle fond en larmes en expliquant qu'elle les a eu à Noël (évidemment, une paire de boucles en or...).
Les élèves repartent, N. me demande pourquoi je parais si contrariée... Je lui explique, elle me dit qu'il faut que j'évite de me mettre dans tous mes états pour ça, car j'avais mis un mot dans le carnet pour demander aux parents de laisser partir leurs enfants sans bijoux le matin pour éviter de les perdre ou de se les faire arracher, et qu'à 8 ans, on ne devrait peut-être pas faire partir son enfant avec des boucles en or à l'école. Oui bon, c'est vrai aussi, mais je reste un peu contrariée...
Je retourne dans la salle et la passe au peigne fin mais impossible de remettre la main sur cette boucle... Je n'arrive pas à comprendre comment elle a pu disparaître, je pense qu'elle a du s'accrocher à un des pulls posés à côté mais je n'ai rien trouvé tout à l'heure non plus...
Tant pis, je repars, bien obligée de m'activer pour avoir mon train. Je laisse un mot à E. pour lui expliquer la situation, on verra ce que disent les parents...
Je repars finalement dans mon train. Cette fois je ne sors pas la tablette pour regarder des épisodes de ma série, mais je sors le livre que je n'arrive plus à quitter en ce moment ! (il faut bien profiter de ces moments-là, sinon je n'ai pas le temps de lire !).
En marchant vers l'appartement, je repense à ces deux jours qui ont été encore marqués par mes demandes de silence et de rappel à l'ordre... Ce qui me rassure, c'est que N. et d'autres de mes collègues à la fac me disent que leurs élèves sont dans le même état que les miens, surexcités ! Les vacances de Noël n'étant pas vraiment reposantes, ils reviennent encore plus excités à la rentrée. Bref, vivement les vacances, pas pour moi, mais pour eux ! Nous verrons s'il y a un mieux la semaine prochaine déjà !
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Ben je crois que je ferai pas le même métier, mais c'est sûr que tu t'en sors mieux que je ne le ferai. C'est quoi ton bouquin que tu ne lâches plus ?
RépondreSupprimerOui, je ne sais pas comment il est possible de faire ce métier juste pour faire un métier, sans être passionné ! Merci ! :)
SupprimerLe bouquin c'est 22/11/63 de Stephen King, je te le prêterai si tu veux, il est très bien !
Fait gaffe tu t'approche à grands pas des 24 ans, tu vas voir le coup de vieux!
RépondreSupprimerJusque là je le vis bien, je te redirai ça le 11 juin ! :)
SupprimerJe veux bien pour le Stephen King !
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