lundi 25 janvier 2016
Puzzles et bilan psy
Retour à S. ce matin.
Lorsque je suis arrivée la semaine dernière, j'avais découvert que le tableau des croix d'avertissements était plein à craquer, qu'un bon nombre d'élèves étaient passés du vert au orange, voire au rouge dans la même journée. J'avais lu les notes d'E. qui me racontaient à quel point ils avaient été infernaux en fin de semaine... Lundi, une séance de lutte annulée. Mardi, un temps qui s'impose en fin de journée pour faire simplement du coloriage de mandalas pour se détendre avec un peu de musique, pendant que certains font leurs devoirs (avec mon aide si besoin).
Bref, j'avais quitté des élèves surexcités, et je leur avais demandé de bien se tenir pour que l'on puisse faire lutte cette semaine.
Cette semaine, lorsque je rentre dans la salle, je regarde tout de suite le tableau de croix : très peu de croix cette semaine, et même Ali (qui est d'ordinaire un habitué de la zone rouge) repasse dans le vert !
Voilà qui annonce deux jours peut-être un peu plus sereins !
J'accueille en tout cas des élèves souriants ! Gabriel me raconte qu'il a fêté son anniversaire samedi, Julie qu'elle a du aller à l'escalade vendredi soir après la journée raquettes, Kylian qu'il va peut-être se faire opérer des oreilles... Chacun y va de sa petite histoire !
Je prends aussi un temps pour les féliciter ; je leur explique qu'E. a laissé un mot expliquant combien la sortie raquette de vendredi s'était bien passée ! Je les félicite et leur demande de continuer d'observer le même comportement pour que l'on puisse tous profiter de la lutte en fin de journée.
Nous nous mettons finalement au travail pour une séance de français. On s'exerce à nouveau sur la conjugaison de verbes cette semaine. Les notions sont encore un peu fragiles mais sont là. On revoit donc ensemble les notions de radical, de terminaisons, de conjugaisons, d'infinitif, de pronoms sujets... Je leur redis que la conjugaison est comme un jeu de construction, et j'en profite pour sortir le petit montage que j'ai fait ce week-end pour les aider à visualiser.
J'ai en effet construit une sorte de puzzle à deux pièces (aimanté) ; la première contient une pochette où l'on peut noter le radical que l'on souhaite, la deuxième pièce a été notée d'une terminaison (soit de l'infinitif, soit du présent conjugué, avec une couleur différente à chaque fois pour bien distinguer).
Grâce à ça, on observe ensemble qu'une fois qu'on a noté le radical, on ne peut pas laisser la terminaison de l'infinitif pour rajouter par-dessus la terminaison du présent (comme certains me l'ont noté sur leurs fichiers la semaine passée), puisque les pièces ne s'emboîtent pas comme cela.
On observe aussi que l'on ne peut pas laisser que le radical, ou ne noter que la terminaison (fautes aussi repérées dans les cahiers) ; la puzzle est alors incomplet.
On manipule plusieurs fois avec des exemples tirés du fichier ; les élèves me donnent le radical du verbe, on fait ensemble notre premier puzzle, puis le deuxième en enlevant la terminaison de l'infinitif et en retrouvant la bonne terminaison du verbe conjugué. Pour voir si ça les a aidé, je donne des verbes à conjuguer sur ardoise.
Malgré quelques rares cafouillages d'un ou deux élèves, les autres font immédiatement tout juste ! Les quelques erreurs sont vite rectifiées par la manipulation au tableau pour retrouver la bonne réponse, et au bout de quelques essais, la classe entière me présente des résultats justes ! En espérant que ça reste...
Je les lance sur le fichier, sur des exercices similaires. Chacun se met au travail dans un beau silence (qui ne dure pas évidemment au moment de passer en autonomie pour les plus rapides...). Jade, qui a d'ordinaire énormément de difficultés, y arrive du premier coup, sans me demander d'aide. Seul l'exercice de fin de page pose de gros soucis, à cause de son haut niveau de difficulté (il s'agit pour eux de retrouver dans un texte 8 verbes conjugués, avec des verbes pronominaux par exemple...). Je serai clémente sur la correction...!
Les élèves partent en récréation et rentrent ensuite à nouveau pour de l'italien avec l'intervenante, Sara. J'en profite pendant ce temps pour avancer une page de français avec Romane, page qu'elle ne pourra pas faire avec nous demain matin puisqu'elle sera avec la maîtresse E. Killian et Orlane quant à eux sont absent ce matin, nous verrons quand rattraper tout ça...
11h30 arrivent finalement, les élèves se ruent dehors et je reste avec Thomas, Léo et... Patrick ! Il nous rejoint cette semaine pour les APC, et vu son écriture, ça lui sera très profitable...!
Je lance Thomas et Léo sur des exercices habituels et sur des mots d'entraînement, et j'essaye en même temps de reprendre les bases avec Patrick. La position l'aide déjà à écrire bien mieux (tenu du stylo et s'asseoir bien droit) ! Je lui fais découvrir une première forme, la coupe, et l'entraîne sur des premiers mots. Des résultats plutôt satisfaisants, et carrément encourageants !
Patrick est motivé comme jamais, il envie ses camarades d'y arriver aussi bien tout de suite, mais glisse de temps en temps un "oui mais c'est normal, vous le faites depuis longtemps vous, moi c'est la première fois". Je le soutiens totalement, et lui dis bien qu'il a besoin d'apprendre lui aussi, et que cela prend du temps, mais qu'il se débrouille très bien !
Je le quitte finalement fier comme tout, et toujours aussi motivé d'apprendre !
Je file en salle des maîtres pour un repas bien vite avalé et je m'installe pour mes corrections dans la salle de classe. F. m'y rejoint pour parler avec moi de la petite Romane.
F. est le psychologue scolaire, et il avait ce matin rendez-vous avec Romane et ses parents pour faire quelques tests. Nous en reparlons donc ensemble ; il commence par me demander comment ça se passe en classe. Je lui explique que c'est compliqué, qu'il y a des jours avec et des jours sans... Que le calcul pose de plus en plus de problèmes, mais qu'en français elle arrive encore à s'accrocher et à faire des exercices, à condition que l'on soit avec elle pour réexpliquer la leçon et la technique qu'elle a à appliquer sur le reste de l'exercice (et à condition que l'on ne donne qu'une seule consigne à la fois).
Il semble étonné que je sois si "positive" dans mon rapport. Il trouve qu'elle a encore plus de lacunes que ce que je veux bien en dire (peut-être par envie de positiver ?), et me confie qu'il envisagerait une nouvelle orientation dans une classe CLIS, et que son bilan de ce matin va dans ce sens si jamais on souhaiterait faire une demande.
OUF ! Voilà un grand pas en avant ! En effet, Romane ne pourra pas suivre un CE2 classique, et le redoublement n'étant plus autorisé, il s'agissait de trouver une solution, et vite ! (si possible avant de la dégoûter de l'école !!)
La CLIS lui permettrait de redescendre un peu le niveau, le rythme, mais surtout d'avoir quelqu'un en permanence avec elle, dans une classe à petit effectif, ce qui lui permettra de faire de réels progrès !
C'est évidemment ce qu'on souhaite de tout coeur, car c'est là le seul moyen pour elle de continuer à suivre un parcours scolaire sans être perdue et laissée de côté à force de prendre du retard... Et on sait qu'elle y fera des merveilles, car elle est particulièrement motivée pour apprendre !
Un appel à E. pour en parler sera nécessaire, mais je sais que nous étions déjà d'accords sur ce point. Nous ferons donc la demande au plus vite, afin que Romane ait une chance de faire une rentrée en septembre dans une classe faite pour elle, dans laquelle elle pourra progresser chaque jour !
Me voilà soulagée, c'est déjà une première étape de passée !
Les élèves me retrouvent finalement devant la porte de la salle. Je les fais rentrer et leur accorde une bille pour leur comportement du matin (en soulignant tout de même que l'autonomie aurait pu être plus silencieuse, comme toujours). Je leur explique que s'ils continuent comme ça, nous pourrons faire lutte, qu'il ne tient donc qu'à eux de bien se tenir pour que l'on puisse faire classe normalement.
Nous faisons des maths ensemble, avec une page de fichier qui ne me plaît pas du tout, mais que je fais tout de même pour travailler les compléments.
Une fois la page terminée, je fais le point avec eux. Nous ferons lutte après la récréation mais sous certaines conditions :
N°1 : je ne veux pas entendre "il m'a frappé" ou "il m'a insulté" à la récréation (chacun règle ses problèmes avec l'autre sans passer par là, si besoin à l'aide du médiateur). Ceux qui insultent et/ou frappent seront punis et ne participeront pas à la lutte.
N°2 : quand la récréation est terminée, on se range deux par deux dans la cour et on fait un rang correct, pas un troupeau de vaches.
N°3 : on monte dans le silence pour ne pas gêner les autres classes. Au premier bruit, retour en classe.
N°4 : une fois en salle, un coup de sifflet veut dire que les activités commencent, 3 coups de sifflets veulent dire qu'on arrête l'activité et qu'on se regroupe en silence. Si on perd trop de temps parce que chacun papote au lieu d'écouter les consignes et les retours sur ce qui a été fait, on retourne en classe.
Je prends bien le temps d'expliquer les règles et pourquoi il est important de respecter les deux dernières surtout. Je les lance finalement en récréation, et m'installe dehors au soleil pour les surveiller.
Fin de la récréation et bilan : pas 1, pas 2, pas 3... mais 7 élèves qui sont venus me voir pour se plaindre de s'être fait insulté/frappé. Ca commence bien...
Je note les noms et me dit que nous irons tout de même faire lutte. J'attends patiemment que mon rang se fasse. J'attends. J'attends...
Je leur donne une chance de bien faire en les rappelant à l'ordre et en demandant un rang correct, deux par deux. Ceux du fond me regardent, sans résultat. Je le demande une deuxième fois, même réaction.
Et bien tant pis, retour en classe !
Nous retournons en classe ; tout le monde est déçu, mais je leur explique que s'il ne sont pas capables de respecter les deux premières règles, on peut facilement imaginer comment seront respectées les deux autres, bien plus importantes encore. On en parle un peu (Cylian monte au créneau en disant que c'est pas juste, que s'il y a juste un pied qui dépasse du rang et qu'on n'a pas lutte, on risque pas d'avoir lutte tout court...), j'explique et je détaille (non Cylian, c'était un troupeau de vache que j'avais devant moi, pas un rang à peine dérangé, et tu faisais partie de ceux qui me regardait l'air de dire "je me fiche que tu viennes de demander de former un rang correct").
J'enchaîne en leur disant qu'ils ont tout de même une chance de se rattraper. Chacun doit revenir en tenue de sport demain, et si le comportement est correct demain, nous ferons lutte. Pour pouvoir faire ça, nous faisons alors la page de français prévue demain matin, pour se libérer un créneau. Nous verrons bien ce que ça donne !
Fin de journée, tout le monde repart. Je file dans ma classe pour corriger les fichiers de maths et embarquer les évaluations et mes affaires pour terminer deux trois choses à la maison. Quand j'arrive chez Isabelle, je pose ma valise sur le perron, sors mes clés, appuie sur la poignée et... l'alarme se déclenche !
Aie... Ca ne m'était encore jamais arrivé, et je n'ai aucune idée de comment l'arrêter !
J'appelle Isabelle une fois, deux fois, trois fois... Les sonneries se perdent dans le vide, elle ne décroche pas, et l'alarme hurle tout ce qu'elle peut à l'intérieur de la maison !
Elle finit par s'arrêter, à mon grand soulagement. Je pousse la porte d'entrée une nouvelle fois... et la voilà qui redémarre !
Je reprends le téléphone et réessaye d'appeler Isabelle une fois, deux fois.. La troisième fois est la bonne, elle décroche ! Elle m'explique où trouver la télécommande pour stopper l'alarme, pendant que je croise les doigts pour qu'un voisin ne débarque pas avec une pelle ou un marteau pour attraper le cambrioleur qui a déclenché l'alarme !
J'arrive finalement à la stopper et je peux m'installer pour corriger mes copies d'évaluations (et ce jusqu'à 21h...). Coup de fil d'E. pour parler de Romane, et me voilà sur le site à écrire ma journée. Une journée à courir, comme toujours ! Nous verrons comment sera la journée de demain !
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Bah alors, pas en grève ce mardi ? ;-)
RépondreSupprimerPas moi non ! :)
SupprimerMais Marianne a fait un article intéressant sur le sujet, et ils disent qu'il faut qu'on fasse grève pour défendre nos salaires d'abord !