Mardi dernier, la journée a été à la fois longue et très
rapide (lever très tôt et aller-retour dans la même journée). Et à partir de là
tout s’est enchaîné le reste de la semaine (les cours avec leurs rendus, les
demandes d’affectations…), bref, je n’ai pas eu un moment pour écrire, et il
n’y avait de toute manière pas grand-chose à dire !
Pour résumer, ça aura été une journée ordinaire, avec des
élèves moins survoltés que la semaine passée, et heureusement !
Pour ceux qui ne sauraient pas, le mardi précédent les
élèves m’avaient tellement mis en boule que je me suis réveillée mercredi matin
avec le dos en vrac ! Rendez-vous en urgence chez la chiro qui me dit que
dans cette zone-là, si c’est bloqué c’est dû à un stress, à une contrariété…
« Vous avez été stressée dernièrement ? Eu un
souci ? »
Beeeeeen…. Des élèves insupportables, ça compte ?
Résultat, j’étais donc toute bloquée du dos, à la limite du
torticolis ! La chiro aura fait ce qu’elle a pu ce jeudi, mais il aura
fallu un rendez-vous supplémentaire la semaine suivante pour en arriver
vraiment à bout !
Du coup, le mardi, je leur ai raconté ma petite histoire, en
leur disant qu’il était absolument hors de question que je me rend malade à
nouveau à cause d’eux, et que c’était la première et la dernière fois.
Pour autant ils n’auront pas été non plus des plus sages…
Mais pas pire que d’habitude, alors je prends !
Ali semble être reconnaissant du travail que l’on a
fait ensemble sur son comportement et des encouragements qu’il reçoit ;
voilà trois jours qu’il vient à l’école avec un bonbon dans la main pour me le
donner ! Ca fait plaisir !
Retour à l’école la semaine suivante pour les derniers jours
avant les vacances. Deux jours bien chargés puisqu’il faut faire les
évaluations en français (et il y a de quoi faire !), en mathématiques et
en enseignement moral et civique.
Nous attaquons donc lundi matin avec l’évaluation de
français (recto-verso s’il vous plaît !).
J’essaye de donner toutes les consignes d’un bloc (à une
époque, je n’aurais même pas essayé), même si je sais que certains vont avoir
besoin que je les aide à se rappeler quoi faire. J’ai prévu le coup ;
certains de mes élèves ont une copie différente à remplir, avec moins de choses
et des exercices aidés. En plus, pour mon plus grand bonheur, E. est
là ! Je lui envoie donc les plus en difficultés et je reste avec les
autres, qui ont quand même peine à tout faire sans demander de l’aide.
Même avec les aides, Adam est perdu et me remplit certains
endroits au hasard. Je le vois à temps heureusement et je prends le temps de
rester avec lui pour l’aiguiller correctement (et éviter au passage de cette
façon qu’il fasse ses exercices avec Théo, comme ils ont l’habitude de faire).
Ensemble, on y arrive, et c’est très agréable d’avoir ce temps à consacrer à
cet élève qui a des connaissances mais qui a encore besoin d’un coup de pouce
pour commencer les choses. D’ordinaire, mon temps est absorbé par les 4 les
plus en difficultés, laissant du coup les moyens se débrouiller seul alors
qu’ils auraient besoin de cette petite aide pour réussir parfaitement.
Comme à mon habitude, je lève de temps en temps la tête pour
vérifier que tout le monde est au travail et faire un signe à ceux qui
rêvassent. Je m’apprête à le faire à Cylian qui regarde par terre. Au moment où
je l’appelle pour lui faire signe je me rends compte qu’il ne regarde pas par
terre… Mais dans son casier, précisément dans son cahier de leçons, planqué
dans son casier !!
Ni une ni deux je lui arrache des mains et le pose, avec sa
copie, sur mon bureau. Je lui demande de sortir son cahier de liaison et de le
poser sur mon bureau, avant de s’installer bras en croix sur sa table en
attendant que les autres terminent. Je ne décide de rien pour le moment (même
si je le secoue, faut pas exagérer), car je me rappelle de nos cours à l’ESPE,
qui disent bien d’éviter au maximum de réagir à chaud pour ne pas mal réagir
dans le feu de l’action et donner des punitions démesurées par rapport à la
faute. Les pleurs commencent et il me supplie de ne pas mettre de mot dans son
carnet. Je lui dis que je m’occuperai de ça plus tard (pour le moment j’ai
autre chose à faire !!).
5 minutes plus tard (chrono en main), Cylian est non seulement
calmé, mais en plus je l’entends qui souffle, avec peu de discrétion, les
résultats à son voisin ! Là c’est trop ! Je le secoue à nouveau et le
fait s’installer au fond, où il ne pourra plus déranger personne dans son
évaluation.
A la récréation, je mets un mot dans son carnet expliquant
la situation. En lui rendant (dans les pleurs encore), je lui explique pourquoi
et lui dit que je pensais lui faire refaire entièrement l’évaluation mais que
j’ai changé d’avis. Il la termine donc pendant la récréation et gagne deux
croix (une pour chaque infraction).
A midi, on fait le point avec E., et évidemment,
l’évaluation n’a pas été très simple pour tout le monde. Elle reste cependant
étonnée de la réussite d’Orlane ; en voilà une à qui le redoublement a
vraiment fait du bien !!
Pour le reste de la journée, ce sera évaluation de mathématiques
et travail du son [j]. Aux corrections, je me rends compte que c’est un
son qui pose quelques soucis tout de même, mais je ne me formalise pas trop en
repensant aux pages de fichier du début d’année lorsque nous enchaînions les
différentes façons d’écrire les sons.
Je remballe finalement les affaires et charge la valise des
évaluations à corriger. Et le temps de toutes les corriger et de remplir les
bulletins de chacun, voilà déjà 22h à l’horloge... Je vais finalement me
coucher à presque 23h, une fois que j’ai terminé de préparer le débat du
lendemain en enseignement moral et civique. Un repos bien mérité !
Retour à l’école le lendemain matin et il faut courir. J’imprime
et prépare des exercices pour ceux qui ont raté des parties de l’évaluation,
afin de pouvoir vérifier leur niveau. J’imprime les premiers bulletins, j’en
complète d’autres et je prépare mon tableau. Par grande chance, il me reste
encore un peu de temps. Je file donc dans la salle de musique pour installer
tables et chaises pour la séance d’EMC d’aujourd’hui (j’ai décidé d’arrêter de
les installer par terre car même si on gagne du temps en préparation, on en
perd à demande aux élèves de ne pas s’affaler par terre ou de rester à leur
place.
Je file finalement récupérer mes élèves et nous attaquons
une nouvelle séance de français avec le son [j]. Pas d’Emilie aujourd’hui, je
suis donc accaparée par mon groupe d’élèves en difficultés. A la fin, chacun a
terminé et il reste du temps ; j’en profite donc pour finir Alice aux pays
des merveilles, à des élèves captivés ! Ils sortent finalement en
récréation, pile au moment où nous terminons l’histoire. A la rentrée, c’est
décidé, ce sera Le Petit Prince !
Après la récréation nous nous installons donc dans la salle
de musique. Les places assises ne seront pas le seul changement aujourd’hui, et
je leur explique donc. Ordinairement je m’installe en face du groupe et nous
essayons d’entamer le débat dans cette disposition. Je pose les questions et
généralement les élèves me répondent, au lieu de se parler entre eux. Je décide
donc cette fois de m’exclure complètement du cercle formé par les tables et de
nommer un président de séance qui aura pour rôle de donner la parole. Je
m’autorise cependant à prendre part au débat quand j’estime que c’est
nécessaire (pour expliquer, demander des explications…).
Autre changement ; d’habitude (dans le cadre du mémoire
surtout), je donnais la question qui ouvrait le débat et j’avais donc une
préparation à suivre à la lettre, ce qui n’aidait pas franchement la
spontanéité des réponses et le débat naturel. J’avais prévu un thème pour cette
séance mais je leur propose s’ils le souhaitent de proposer eux-mêmes des
questions « que je me pose depuis longtemps et dont je n’ai pas encore eu
la réponse ». C’est une idée d’un animateur de débats en primaire, qui
laisse un temps aux élèves pour proposer leurs questions, les notent et en
choisit quelques unes qu’il soumet au vote des élèves pour décider le débat du
jour.
Je procède donc ainsi et je suis très très surprise !
Moi qui m’attendais à ce que mes élèves me sortent des questions peu
philosophiques (j’en ai eu quand même, du genre « est-ce que les vampires
existent ? »), j’ai finalement une majorité de questions très
intéressantes pour un débat !! Céline voudrait par exemple savoir comment
nous étions avant d’être né, Cyril comment nous sommes arrivés sur terre, Léa pourquoi les filles et les garçons ne sont pas pareils, Orlane pourquoi
est-ce qu’on pollue la terre, et Romain pourquoi est-ce qu’il y a la guerre, et
comment les guerres mondiales peuvent arriver. Me voilà déjà ravie d’obtenir ce
choix de questions !
Je les soumets donc au vote à main levée et pour aujourd’hui
ce sera donc « pourquoi la guerre ? ». Je sors du cercle et les
laisse mener le débat, ce qui fonctionne très bien, à ma plus grande
satisfaction ! J’ai malheureusement encore besoin d’intervenir pour
demander le calme et l’écoute, mais je ne changerai pas ma classe je crois…
Les interventions, pour la plupart, sont pertinentes et
intéressantes. Alexis, qui ne prenait pas ou très peu la parole auparavant dans
les débats, nous explique que si la guerre existe, c’est parfois à cause de
l’eau ou du territoire, que certains pays entrent en guerre pour récupérer
l’eau d’autres pays. A un moment, Léo nous demande si la guerre peut encore
arriver, et Joriss répond que non, puisque les chars n’existent plus. Des doigts
se lèvent (pour mon plus grand bonheur !) pour le contredire et lui
expliquer que non, ça ne veut pas dire que la guerre n’existe plus. Il est
cependant difficile pour certains de concevoir qu’une guerre mondiale pourrait
arriver. Cyril nous explique que sa maman a dit que non, alors ça ne pourra pas
arriver, ou alors dans des années et des années.
Je sens que cette idée pose souci, et d’ailleurs plusieurs
lèvent le doigt mais malheureusement il est l’heure de partir. Je note la
dernière réflexion et leur explique qu’il faut s’arrêter là. Pour clore le
débat en beauté, j’ai le droit à un « ooooh nooooon » général, que
les élèves ne m’avaient encore jamais fait lors de l’arrêt d’un
débat !
Je les laisse donc filer et prend soin de noter toutes leurs
idées et les remarques que je me suis faite (j’avais tout enregistré sur mon
portable mais bug de l’application….). D. passe par là et me demande ce
que je fais. On papote et de fil en aiguille je lui parle d’une rencontre
prévue ce soir entre Emilie, moi et les parents de la petite Romane (que nous
voudrions envoyer en classe spécialisée, ce qui a été clairement refusé par les
parents).
Je suis donc complètement angoissée de cette rencontre. Il
faut que je parle à des parents déjà braqués à mort parce qu’on leur a annoncé
que leur fille n’était pas dans la moyenne et n’y serait probablement jamais.
Il faut donc que j’explique à ces parents-là que leur fille est en grande
difficulté (mais sans vraiment le dire pour ne pas vexer), qu’elle a besoin
d’aide en permanence (mais sans trop insister pour ne pas les braquer et
retourner sur la pente dangereuse de la CLIS), et qu’elle serait donc bien
mieux ailleurs. Cette rencontre me panique complètement ! Je voudrais être
rassurante mais bien claire aussi sur les possibilités de Romane, tout en
trouvant les bons mots pour retrouver une relation de confiance un peu perdue
et ne pas renforcer le déni et le refus de ces parents en deuil d’une enfant
parfaite. Qui a dit que l’on ne pouvait pas jongler avec des boules de
feu ?
D. tente comme elle peut de me donner des idées de
formulations tout en pointant quand même les difficultés de Romane pour le
dernier test qu’elle a passé aujourd’hui. On en discute longuement, et lorsque
nous finissons, il est déjà 12h30 ! Je mange en quatrième vitesse et je
file corriger les fichiers de français.
Cet après-midi, comme la semaine passée, nous sommes en
ateliers pour la préparation du spectacle de fin d’année. De mon côté, je suis
en charge du groupe théâtre ! Les élèves ont tous fait des choix (danse,
théâtre, chant) et ont été répartis dans les différents groupes. Je me retrouve
donc avec un groupe de 26 avec des élèves de tout âge !
Un moment très sympa ! Les élèves sont motivés dans
l’ensemble (même s’il y en a toujours un ou deux qui n’a pas envie ce jour-là)
et ont envie de participer, sans trop faire de bazar. On commence par des
échauffements ; marcher comme dans le monde du chewing-gum, de la glace,
des nuages, du noir… Je propose des mondes, et la deuxième semaine, ce sont les
élèves qui mènent, avec de quelques très bonnes idées ! Les élèves adorent
et se prêtent facilement au jeu.
En première séance la semaine passée, nous avions travaillé
principalement les mimes, avec des situations qui expriment un sentiment (la
tristesse, la joie, l’embarras, la colère…). Nous avons aussi utilisé une même
situation pour la jouer de plusieurs façons différentes (je lis un livre ;
drôle/ennuyeux/incompréhensible), afin de voir comment il était possible de
faire comprendre une situation et des émotions au travers de simples gestes
bien choisis. Ce qui sera bien utile puisque lors du spectacle nous ferons
beaucoup de mimes (pendant que les autres chantent, dansent, pendant une
saynète où seul l’élève principal parlera), notamment parce qu’il n’y a qu’un
seul micro dans un gymnase immense, et qu’il faudra donc que certains lisent/récitent
pendant que d’autres jouent.
Pour cette semaine, après les échauffements, nous
travaillons les différents tons de voix (dire la même chose mais sur différents
tons, et il y a des idées !), puis nous abordons « prêter sa
voix » (« ben le playback quoi maîtresse ! »). Trois élèves
viennent au centre pour jouer une petite scène mais n’ont pas le droit de
parler (seulement de faire semblant de parler en bougeant les lèvres) pendant
que trois autres font les voix des acteurs. On se met d’accord avant sur ce qui
peut être dit dans cette situation, et on y va ! Plusieurs groupes
passent, et l’enthousiasme est au rendez-vous !
Mais très vite il faut repartir, car c’est l’heure. Pour ma
part je retourne en classe une fois que j’ai retrouvé tous mes élèves des
différents groupes. Chacun note les devoirs, fais son cartable et tout le monde
sort en récréation, sauf une petite poignée d’élèves qui restent avec moi pour
refaire des parties d’évaluations, que je ne considère pas comme non acquis ce
qui était en fait une simple mauvaise compréhension de consigne. Le temps de
faire repasser tout le monde, il est vite l’heure de rentrer à nouveau.
Nous enchaînons avec une séance (très pénible) de symétrie
via un quadrillage. Pas facile de comprendre que l’axe de symétrie est un miroir,
et que donc l’image n’est vient en inverse, et qu’il faut compter les carreaux
pour être sûr de ne pas se tromper… Tout ça tout ça !
Bref, je finis devant avec mes 4 élèves habituels + Julie qui ne comprend pas + Jade qui en comprend pas + Amar qui aurait besoin d’aide
+ Cyril qui vient se plaindre d'Ali + Romain qui vient se plaindre d'Alexis + Alexis qui vient se plaindre de Joriss + Léa qui est en train de passer
l’évaluation de français car elle était absente hier et à qui il faut donc
expliquer les consignes au fur et à mesure + Killian qui se plaint d'Alice +
………………
De quoi multiplier les personnalités ! Dur dur d’être
maîtresse parfois, on m’avait pas dit à moi qu’il fallait avoir 6 bras, 2
langues et 8 cerveaux…
Nous arrivons au bout de cet après-midi et je sais déjà que
je récolterai une tripotée de fichiers avec des fautes… Je n’aurai pas le temps
de le savoir ce soir.
Car déjà il faut repartir, et le temps de boucler mes
affaires et de préparer deux trois petites choses pour E., que la voilà
justement qui arrive pour la réunion avec les parents de Romane.
Nous nous installons dans la salle de musique, et entamons
avec le point sur les évaluations. Au final, une réunion de trois quart d’heure
où nous essayerons au maximum de valoriser les bons résultats, tout en pointant
délicatement du doigt qu’elle ne peut RIEN faire seule et que donc elle reçoit
une aide individuelle permanente pour la moindre copie (en espérant que ça les
dissuade au moins de la mettre dans la classe unique qu’ils visaient).
Je suis
mal à l’aise, je sens l’éléphant dans la pièce. Tout le monde pense à la CLIS,
personne n’en parle, et chacun sent la présence de cette ombre sur notre
conversation. Nous n’en parlerons finalement pas, et nous nous quitterons en
accord sur les grosses difficultés en mathématiques, et l’impossibilité
d’autonomie. Pour le reste, il faudra que les parents terminent leur bout de
chemin, en espérant qu’il arrivera à la même conclusion que le nôtre…
Pour l'heure il faut maintenant filer prendre le bus de 18h02, pour aller jusqu'à Sa., pour prendre le train de 18h28, qui m'emmène jusque C., où je prends le train de 19h50 pour enfin arriver à la gare d'A. ! Longue, très longue journée qui se termine bien vite (juste le temps de manger et de me coucher en somme). Cette semaine sera encore bien chargée, et les vacances qui m'attendent remplies d'heures de rédaction de mémoire, mais ça fera du bien de prendre un peu de temps en dehors de la classe ! J'ai quand même hâte de passer à la dernière période, où je n'aurai plus les exigences de la fac (faites une séquence de science, une de musique, une d'anglais...), plus de visites de ma formatrice, et moins d'exigences du programme (le plus gros est passé !).
Il s'agira donc de réviser, de s'entraîner tout en voyant quelques nouvelles notions (mais a priori plutôt simples), et d'ajouter des petits moments sympas comme du rythme, du théâtre, des arts plastiques...
Pour aujourd'hui ce sera classement des écoles pour les affectations de l'an prochain... Premières réponses fin mai !
J'aime beaucoup l'illustration qui reflète tout à fait l'évolution !
RépondreSupprimerBah bravo, hein, je n'aurai pas supporté d'en faire la moitié, il faut croire que tu as vraiment la vocation et les capacités !
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