Je sais que je n’ai pas écrit la semaine passée, mais
j’étais alors tellement épuisée par le décalage horaire, de retour des
Etats-Unis, que je n’ai pas eu l’envie de prendre le clavier… D’autant plus que
les deux jours se sont particulièrement bien passés ! Les élèves ont été
tout simplement adorables après que je leur ai expliqué que j’étais très
fatiguée parce que je revenais d’un pays où, en ce moment-même il faisait
encore nuit et pour quelques heures encore…
De retour cette semaine, pleine d’énergie en me disant que
ça y est, ma classe a grandi ! Je suis fière d’eux et j’ai hâte de voir si
ça va continuer ainsi.
Dur dur quand même de se lever à 4h45, je ne sais pas
comment fait Nathan ! Je me retrouve finalement à la gare de C. pour
trouver ma correspondance pour M. Le train n’est pas encore là, je
l’attends donc patiemment, dans un froid glaçant (en me rappelant tendrement
l’époque où il était déjà là quand j’arrivais avec le train d’A., et où je
pouvais simplement monter et m’installer tranquillement). Je grelotte pendant
20 minutes (chouette, plus que 10 minutes !), pour tout à coup voir que
mon train aura… dix minutes de retard. Evidemment ! J’attends donc 20
minutes supplémentaires et commence gentiment à me transformer en glaçon. A
l’heure annoncée, toujours pas de train. Je lève les yeux à nouveau vers
l’affichage, et le retard passe à 25 minutes !
Gelée jusqu’aux os, je prends mes affaires et vais attendre
dans le hall ! Le train arrive finalement, je m’installe dans un premier wagon.
Je commence à sortir mes affaires quand je me rends compte qu’il fait encore un
froid de canard. La porte du wagon semble ne pas vouloir se fermer… Je suis
déjà congelée, hors de question de rester ici alors que l’on s’arrête toutes
les dix minutes pour laisser entrer un peu de froid ! Je remballe donc mes
affaires et passe dans le wagon d’à côté pour être plus au chaud. Je m’installe
au hasard, dans un carré de 4 places.
Une femme dans le carré d’à côté me regarde avec un sourire
béat, et me dit qu’il fait froid. Je rigole, je dis que oui. Elle me dit qu’on
a choisis les montagnes, qu’il faut donc s’y faire, avant de me demander si je
vais au ski. Non non, je vais travailler. Plus un mot.
Je m’installe et tout à coup la dame entame tout un tas de
chants religieux, où elle chante combien Jésus est merveilleux, beau, grand,
gentil, qu’il reviendra nous emmener un beau jour, tout ça tout ça… Le tout
ponctué de « oh je vois les montagnes !! Elles sont belles les
montagnes ! ». Je m’empresse de fixer des écouteurs sur mes oreilles
et de me plonger dans mon livre, en espérant vraiment qu’elle m’oubliera. Une
jeune fille finit par se lever et lui demander gentiment d’arrêter de chanter
(« mais je chante, c’est joli quand je chante, j’aime bien chanter, c’est bien
de chanter ! »… Oui mais on voudrait juste profiter d’un peu de
calme ?).
Je sors finalement à S., pressée de laisser là ma
gentille allumée !
Et c’est parti pour ces deux journées !
Je commence par retrouver collègues et élèves. Si les
collègues aiment beaucoup ma coiffure et trouvent que ça me va à merveille, les
élèves sont perplexes… Ali vient me voir en me demandant si je me suis
coupé les cheveux (j’ai dit oui, mais j’ai évidemment tenté le coup de « ben
non pourquoi ? » ce qui n’a eu qu’un succès mitigé !). Regard
perdu, il me fixe quelques secondes avant de détourner enfin le visage en
disant « mais c’est différent… ! ». Il finira par m’avouer, une
fois installé en classe, qu’il me préférait les cheveux longs. Hé bien tant pis !
Nous nous mettons au travail en commençant par du français.
J’introduis une nouvelle petite habitude : un exercice court à réaliser
chaque matin, histoire de s’entraîner sur les notions que nous sommes en train
d’apprendre. Je leur distribue donc un petit ensemble de phrase dans lequel,
après avoir révisé ensemble la notion, je leur demande de trouver le GN. Je les
fais bien sûr répéter encore, et encore, et encore (6 fois au total, sisi) que
le GN est composé d’un déterminant et d’un nom. Je leur donne une astuce pour
ne pas confondre : quand je dis « groupe nominal », j’entends
deux mots, il faut donc que j’ai deux mots quand je souligne mon GN (parce
que beaucoup s’obstinent à ne me souligner que le nom). Je leur fais dire à un
partenaire ce qu’est un groupe nominal et comment le trouver et je les lance.
Hé bien croyez-moi ou non j’ai encore eu des erreurs à la correction !
(quand on fais le GN depuis 7 semaines, qu’on a révisé ça la semaine passée et
à l’instant même, quand on balise autant et qu’un élève vous souligne « mange »,
c’est un peu décourageant…)
Mais tant pis, ces exercices sont là pour ça aussi, pour que
ça rentre !
Nous passons ensuite à une séance qui pose beaucoup de
difficultés, faute à un fichier certainement trop ambitieux. On leur demande de
trouver les GN (pas évident pour tout le monde, on l’a vu…), et on leur demande
ensuite de remplacer le GN par « il », « elle » ou « elles »
QUAND c’est possible. Avec trois GN par phrases, c’était sûr que ça poserait
des soucis !
Par chance, E. est là et me prend déjà un bon groupe de
5 élèves, les plus en difficulté, ce qui me permet d’aider ceux qui vont peiner
mais qui peuvent avoir un déclic si je les aide au début. C’est donc parti pour
faire le tour de la classe. Adam, qui a des difficultés, a du mal au début,
mais au premier exemple ensemble, c’est parti, le voilà qui réussit ! Cylian
a du mal aussi aujourd’hui, je passe donc quelques temps avec lui. Je finis par
les libérer pour la récréation et je reste pour corriger les fichiers.
Pour la suite de la matinée c’est italien avec Sara (pendant
que je corrige les dictées au fond), et APC avec mon petit groupe de 3 élèves
qui est toujours et sans cesse en train de progresser !
Au retour l’après-midi, c’est une séance de mathématiques
que l’on attaque avec la découverte de l’axe de symétrie. Je m’attaque à cette
séance avec appréhension, en essayant de ne pas brûler les étapes, en prenant
le temps de souligner chaque étape, une par une, de faire des expériences
ensemble, de les faire manipuler, de corriger au fur et à mesure, de faire
ressortir les erreurs pour comprendre ensemble pourquoi ce n’est pas possible…
Et ça ne marche pas trop mal ! Ils semblent réussir, même si, lors du
dernier exercice où l’on ne laisse plus la possibilité de manipuler mais
seulement d’imaginer, cela reste quelque peu fastidieux pour certains. Mais c’est
normal, ce n’est que la première séance ! Quelques activités autonomes sur
ce thème devraient aider chacun à exercer son œil et à comprendre.
Avant de sortir en récréation, les élèves n’ont qu’une
demande à la bouche : et la surprise ?
Hé bien oui. Avant les vacances de février, ils étaient
arrivés à 15 billes, ce qui leur donnait droit à une nouvelle surprise.
Surprise choisie au vote : une lecture offerte avec un chocolat chaud !
Après la récréation, nous nous installons donc en salle de
musique, assis par terre et pendant qu’E. distribue gentiment les gobelets
remplis de chocolat chaud, j’attaque la lecture d’Alice aux pays des
merveilles. Je leur annonce que nous n’aurons pas le temps de finir mais que
nous pourrons lire un chapitre ou deux (chapitres courts car c’est une version
simplifiée) à la fin de la classe s’ils ont été sages dans la journée.
Normalement mes enseignants voudraient qu’il y ait un
objectif derrière ce type d’exercice, que j’exploite l’œuvre pour voir la trame
du récit par exemple, ou encore pour travailler sur tel type de narration, tel
auteur en particulier... Mais j’avoue que l’idée de simplement leur faire
découvrir le plaisir de lire, de découvrir une histoire, de se l’imaginer, d’en
attendre la suite avec impatience, me tenaille le ventre. J’ai bien envie d’instaurer
ce type de rituel, où l’on prendrait simplement un classique pour enfants, et
où on le découvrirait ensemble, morceau par morceau (j’ai déjà dans mon viseur
Le Petit Prince ! J’avais aussi pensé à l’Ile aux Trésors mais je crains
que ce ne soit encore trop compliqué pour eux… !). Bien sûr je poserai
quelques questions pour travailler la compréhension mais bon… si on apprenait
aussi le plaisir de lire ?
Les enfants sont attentifs. Pas tous, évidemment, car
certains connaissent déjà l’histoire, et que c’est une classe de petits agîtés.
Mais même les plus pénibles d’ordinaire discutent en chuchotant tout doucement
pour ne pas gêner les autres. Pas de pieds qui tapent sur la chaise, pas de râle
parce qu’on m’a poussé, pas d’élèves qui s’étalent par terre… De petites
discussions, toutes discrètes, et une bonne majorité qui écoute attentivement.
A la fin de la lecture, je leur demande encore deux minutes
d’attention et prend ma fiche pour annoncer qui va au périscolaire. E. s’avance
et explique aux enfants qu’elle va prendre une minute pour leur dire qu’elle
trouve qu’ils ont exagérés, que ce temps était une récompense et que c’était
quand même un moment sympa pendant lequel certains n’ont fait que discuter et
que ce n’était pas normal. Elle les gronde, et certains me regardent avec de
grands yeux qui disent « et toi, tu penses ça aussi maîtresse ? ».
Parce que certains savent que non je pense ! Moi qui
pensait être stricte, il faut voir E. ! Je ne lui dis rien,
évidemment, même si ça me gêne un peu qu’elle gronde les élèves lorsqu’ils sont
avec moi… Surtout que je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’elle dit à
ce moment précis ! Je me demande alors si je suis trop laxiste, mais je me
rends compte tout de même que les croix et les punitions tombent beaucoup plus
en fin de semaine qu’en début, et que j’arrive pourtant à maintenir une bonne
entente de classe en règle générale, même si parfois j’ai eu envie de les
laisser là et de rentrer à la maison !
J’essaye au maximum de valoriser les bons comportements au
lieu de punir le mauvais, j’ai même ajouté une affiche où chaque groupe de
couleur peut gagner des points et essayer d’arriver au bout pour gagner une
surprise ; quand il y a vraiment trop de bruit, au lieu de redemander le
silence et de mettre des croix, je regarde quel groupe est silencieux et attentif,
je mets un point et je le remercie. Effet immédiat ! Le groupe en question
se félicite, et les autres se taisent immédiatement et essayent d’avoir le même
comportement. Merci Salt Lake City pour cette idée extra !
Si je retiens quelque chose des Etats-Unis, c’est notamment
que le renforcement positif peut avoir un effet extraordinaire sur les élèves,
et donner une ambiance de travail sereine et sérieuse à la fois ! J’ai
aussi trouvé que les élèves nous le rendent bien aussi, sentant quelque part
que nous essayons de faire au mieux pour eux, et voulant faire l’autre bout de
chemin. J’aurai au moins amené un peu des Etats-Unis en France !
Mais c’est terminé pour ce soir, et je remballe mes affaires
pour filer dormir chez Isabelle. J’y trouve une amie à elle, enrhumée comme
jamais. Isabelle rentre peu après moi, barbouillée et disant qu’elle a été
malade toute la nuit dernière… Je rigole avec Nathan au téléphone en lui disant
que j’ai oublié mon produit pour nettoyer le nez, et que je ne sais pas encore
qui du rhume ou de la gastro risque de m’infecter. Nathan m’ayant connu malade
tous les mois l’an dernier connaît la réponse : les deux !
Je me glisse vite sous les couvertures ; ma journée a
été longue, et la prochaine promet également, puisque demain, c’est ma dernière
inspection de l’année !
ça fait plaisir de retrouver tes textes !! Je me demandais si tu allais arrêter après les USA ...
RépondreSupprimerNon non je continue ! J'écrirai celui de mardi cet aprèm !
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