Il est 18h30
quand je sors de l’école. Arrivée ce matin par le train vers 7h45, la journée a
été longue…
Je suis
arrivée, tremblante et fébrile à la fois. Ma première journée seule,
complètement seule devant ma classe. Je suis impatiente et terrifiée à la fois.
J’essaye de me rassurer et de me dire que je suis aussi prête que toutes mes
fiches de préparation veulent bien le prétendre.
J’arrive
tôt, super, j’aurais le temps de boire un thé tranquille en lisant le cahier de
liaison. En réalité lorsque j’arrive je n’ai pas le temps de me poser ; il
faut descendre les chaises des tables, lire les trois pages de commentaires et
de demandes d’Emilie, faire ce qu’elle me demande de faire, voir le nouveau
plan de classe, voir les papiers qu’ils manquent et à qui il faudra les
demander, faire les photocopies pour la journée, découper les étiquettes… Et
j’en passe.
Tout
s’enchaîne et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les enfants
poussent les portes de l’école en hurlant. Tout le monde se rue dans la cour,
les collègues me disent bonjour dans un sourire.
« Alors,
prête ? »
Toujours la
même réponse, mais toujours le même ressenti.
Et puis tout
à coup la cloche sonne, on rentre et ça y est. C’est comme passer des heures au
bord d’un rocher à faire semblant de sauter et tout à coup se faire pousser
d’un grand coup de pied dans les fesses, se sentir chuter sans rien pouvoir
faire avant d’entrer dans l’eau à toute vitesse, les pieds et les jambes
fouettés par l’eau glacée.
« Ouvrez
vos cahiers de liaisons et sortez vos étiquettes »
Ca y est. Je
suis maîtresse. Ils me regardent tous avec ces yeux là. Ils attendent que je
parle, que je dise ce qu’il y a à faire. Je suis maîtresse.
La journée
passe à toute allure, je n’ai rien le temps de voir passer. En récréation je
prends un thé rapide au soleil avec les collègues avant de courir faire une
photocopie avant que la cloche ne sonne (et vérifier ce que je vais faire
après).
Le midi, le
repas est avalé en une demi-heure et le reste du temps passe à corriger,
préparer, photocopier, plastifier…
Les post-it
s’accumulent, mes notes dans le cahier de liaison s’allongent.
Les enfants
rentrent en classe et essayent vaguement de faire quelques exercices de
mathématiques. Puis vient l’heure de faire arts visuels. Les premiers temps se
passent bien, chacun regarde sagement les images projetées. Au moment de monter
en salle d’arts, je perds tout à coup toute autorité, et la classe sage et
silencieuse que j’avais découvert ce matin n’est alors plus qu’un lointain
souvenir. Les enfants parlent, hurlent, chahutent, montent les escaliers d’un
pas lourd, de petits rires étouffés se répercutent sur les murs en pierre.
Arrivés en
salle, c’est pire…
Pas assez de
tabliers pour tous, certains doivent attendre sur le côté que les premiers
terminent leurs œuvres. Dur dur pour des CE1 d’attendre sagement ; l’un deux
se met à courir dans la salle, trois autres se montrent le nombril, pendant
qu’une des filles commence à s’installer à un atelier sans tablier… Le chaos
envahit la salle et je me retrouve à hurler dans tous les sens alors que je
m’étais juré de ne jamais le faire (après avoir constaté l’inefficacité de la
chose). Mais plus rien ne semble marcher, je demande le silence en vain, je
crie des « hé » et des « stop » à m’en abîmer la gorge mais
rien n’y fait… On m’appelle de partout parce que machin a tiré sur mon pull,
parce que moi j’ai mis le tablier à l’envers et que j’ai du coup de la peinture
partout sur mon tee-shirt, et que machine a insulté truc.
Et moi j’ai
fini je fais quoi ? Et moi j’ai plus de peinture ! Et maîtresse, je
peux en faire un autre ? Et quand est-ce que moi je pourrais en faire
un ? Et moi ? Et pourquoi machin il arrête pas de m’embêter ?
Et tout à
coup c’est la fin de la journée. Deux enfants m’aident à ranger et à nettoyer
bien gentiment. On descend en trombe les escaliers avant de noter les devoirs
en deux minutes chrono et d’expédier les enfants dans les bus et la garderie.
Tout le monde
est parti. J’ai la gorge sèche, les salles dans tous les sens, et l’impression
d’avoir affronté un ouragan.
Le temps de
tout ranger et de tout préparer pour le lendemain, il est donc déjà 18h30
passé, et la journée sonne comme une victoire et une déception à la fois.
J’ai
affronté seule cette journée, et mes collègues m’ont confié que j’avais de
bonnes préparations. Mais le niveau de certains élèves m’inquiète et je ne me
sens pas les épaules de faire face à un si grand fossé entre les élèves. De
plus je vois que certaines activités étaient trop faciles, d’autres trop
dures…. Il va falloir un peu de temps avant de trouver leur niveau.
Journée en
demi-teinte donc, qui se termine au fond du lit après une soirée courte passée
à préparer des activités supplémentaires pour les élèves à problèmes.
La journée
de demain ne s’annonce pas moins longue, et pas moins épuisante. Mais quand
même… c’est trop cool d’être maîtresse !
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