jeudi 10 septembre 2015

Alors... Prête ?


Il est 18h30 quand je sors de l’école. Arrivée ce matin par le train vers 7h45, la journée a été longue…

Je suis arrivée, tremblante et fébrile à la fois. Ma première journée seule, complètement seule devant ma classe. Je suis impatiente et terrifiée à la fois. J’essaye de me rassurer et de me dire que je suis aussi prête que toutes mes fiches de préparation veulent bien le prétendre.

J’arrive tôt, super, j’aurais le temps de boire un thé tranquille en lisant le cahier de liaison. En réalité lorsque j’arrive je n’ai pas le temps de me poser ; il faut descendre les chaises des tables, lire les trois pages de commentaires et de demandes d’Emilie, faire ce qu’elle me demande de faire, voir le nouveau plan de classe, voir les papiers qu’ils manquent et à qui il faudra les demander, faire les photocopies pour la journée, découper les étiquettes… Et j’en passe.
Tout s’enchaîne et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les enfants poussent les portes de l’école en hurlant. Tout le monde se rue dans la cour, les collègues me disent bonjour dans un sourire.
« Alors, prête ? »
Toujours la même réponse, mais toujours le même ressenti.

Et puis tout à coup la cloche sonne, on rentre et ça y est. C’est comme passer des heures au bord d’un rocher à faire semblant de sauter et tout à coup se faire pousser d’un grand coup de pied dans les fesses, se sentir chuter sans rien pouvoir faire avant d’entrer dans l’eau à toute vitesse, les pieds et les jambes fouettés par l’eau glacée.

« Ouvrez vos cahiers de liaisons et sortez vos étiquettes »

Ca y est. Je suis maîtresse. Ils me regardent tous avec ces yeux là. Ils attendent que je parle, que je dise ce qu’il y a à faire. Je suis maîtresse.

La journée passe à toute allure, je n’ai rien le temps de voir passer. En récréation je prends un thé rapide au soleil avec les collègues avant de courir faire une photocopie avant que la cloche ne sonne (et vérifier ce que je vais faire après).

Le midi, le repas est avalé en une demi-heure et le reste du temps passe à corriger, préparer, photocopier, plastifier…
Les post-it s’accumulent, mes notes dans le cahier de liaison s’allongent.

Les enfants rentrent en classe et essayent vaguement de faire quelques exercices de mathématiques. Puis vient l’heure de faire arts visuels. Les premiers temps se passent bien, chacun regarde sagement les images projetées. Au moment de monter en salle d’arts, je perds tout à coup toute autorité, et la classe sage et silencieuse que j’avais découvert ce matin n’est alors plus qu’un lointain souvenir. Les enfants parlent, hurlent, chahutent, montent les escaliers d’un pas lourd, de petits rires étouffés se répercutent sur les murs en pierre.

Arrivés en salle, c’est pire…
Pas assez de tabliers pour tous, certains doivent attendre sur le côté que les premiers terminent leurs œuvres. Dur dur pour des CE1 d’attendre sagement ; l’un deux se met à courir dans la salle, trois autres se montrent le nombril, pendant qu’une des filles commence à s’installer à un atelier sans tablier… Le chaos envahit la salle et je me retrouve à hurler dans tous les sens alors que je m’étais juré de ne jamais le faire (après avoir constaté l’inefficacité de la chose). Mais plus rien ne semble marcher, je demande le silence en vain, je crie des « hé » et des « stop » à m’en abîmer la gorge mais rien n’y fait… On m’appelle de partout parce que machin a tiré sur mon pull, parce que moi j’ai mis le tablier à l’envers et que j’ai du coup de la peinture partout sur mon tee-shirt, et que machine a insulté truc.
Et moi j’ai fini je fais quoi ? Et moi j’ai plus de peinture ! Et maîtresse, je peux en faire un autre ? Et quand est-ce que moi je pourrais en faire un ? Et moi ? Et pourquoi machin il arrête pas de m’embêter ?

Et tout à coup c’est la fin de la journée. Deux enfants m’aident à ranger et à nettoyer bien gentiment. On descend en trombe les escaliers avant de noter les devoirs en deux minutes chrono et d’expédier les enfants dans les bus et la garderie.

Tout le monde est parti. J’ai la gorge sèche, les salles dans tous les sens, et l’impression d’avoir affronté un ouragan.

Le temps de tout ranger et de tout préparer pour le lendemain, il est donc déjà 18h30 passé, et la journée sonne comme une victoire et une déception à la fois.
J’ai affronté seule cette journée, et mes collègues m’ont confié que j’avais de bonnes préparations. Mais le niveau de certains élèves m’inquiète et je ne me sens pas les épaules de faire face à un si grand fossé entre les élèves. De plus je vois que certaines activités étaient trop faciles, d’autres trop dures…. Il va falloir un peu de temps avant de trouver leur niveau.

Journée en demi-teinte donc, qui se termine au fond du lit après une soirée courte passée à préparer des activités supplémentaires pour les élèves à problèmes.


La journée de demain ne s’annonce pas moins longue, et pas moins épuisante. Mais quand même… c’est trop cool d’être maîtresse !

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