mardi 15 septembre 2015

Deux minutes



Arrivée à l'école ce matin, comme d'habitude. Je viens un peu avant 8h, histoire d'être bien sûre d'avoir le temps de tout préparer comme il faut, sans avoir à courir de partout.

Le thé à peine posé sur le bureau, les fiches à peine sorties pour me rappeler ma journée, une maman toque à ma porte. C'est la maman d'Amar, qui m'explique qu'elle a voulu amener son fils à l'école ce matin mais que c'était impossible, il avait trop mal à la tête et est donc cloué au lit.

Je lui réponds qu'il n'y a aucun problème. Quelques échanges sur les devoirs, sur les billets d'absence à remplir... La maman me demande au passage comment est son fils en classe, me dit que je peux lui donner des devoirs, qu'elle est là pour lui faire faire le soir (et ce n'est pas le cas de tout le monde dans la classe, c'est une chance !), que je ne dois pas hésiter, etc. A la fin de la conversation, elle me sourit :
"On voit que vous êtes une maîtresse douce et agréable en tout cas"

Grand sourire de ma part, je la remercie, elle s'en va et ferme la porte sur mon petit coeur tout réchauffé de cette gentillesse du matin !

Je prépare tout ce qu'il faut pour la matinée mais je ne traîne pas ; le mardi je suis de service, ce qui veut dire que je dois ouvrir les portes de l'école le matin, surveiller la cour jusqu'à l'entrée en classe et faire la surveillance pendant toutes les récréations de la journée.

Bataille du matin avec les collègues pour savoir comment gérer l'emploi du temps de l'italien et de la musique. On finit par rentrer en classe, dans le silence (ils commencent à comprendre ?).

La journée se passe bien, et cette fois-ci, c'est une impression inverse de la semaine dernière : je n'ai pas prévu assez de choses ! Les enfants dévorent les exercices et terminent la plupart plus vite que prévu. Par contre, il faut toujours 15 minutes pour que tout le monde finisse de noter les devoirs...

Le midi, c'est sandwich devant les corrections (et visiblement, c'est le cas de toute l'école, aucune collègue ne m'a proposé de manger dans la salle des maîtres !). Je prépare l'après-midi, je range le bureau, je regarde l'heure... 13h10. Miracle !

Je saisis les fiches de questions prévues pour l'EMC (Enseignement Moral et Civique) et mon chocolat chaud, et je file m'installer sur un banc de la cour, au soleil. Quelques minutes de pause, seule, dans un silence parfait. Et on respire...

L'heure tourne, je dépose toutes mes affaires en classe et je vais accueillir les élèves. Pendant que l'on regarde une nouvelle fois l'emploi du temps de l'italien, le téléphone sonne. M. décroche, et me le passe.

C'est mon maître formateur, ou plutôt ma maîtresse formatrice ! Elle viendra me visiter en classe 4 fois dans l'année, et me propose une première visite.
"La semaine prochaine ou la suivante ?"
Euuuuh la suivante ce serait bien...
Le rendez-vous est pris ! En tout cas, elle paraît très gentille...

Retour en classe, cet après-midi c'est EMC et Français.

En EMC, on lit une histoire qui parle de solidarité, pour introduire les débats futurs sur le sujet. L'histoire plaît beaucoup ! Et je n'ai jamais eu d'aussi beau silence dans la classe...
On enchaîne avec quelques questions de compréhension que l'on termine plutôt rapidement. Je regarde l'heure, et, bonne nouvelle, on a le temps de relire l'histoire une nouvelle fois (histoire de la redécouvrir maintenant qu'ils ont éclairci les points difficiles). Ali, égal à lui-même, me sort un "on est obligés ?".

La cloche sonne, tout le monde sort.

Quand on revient, les élèves avalent en un rien de temps la page d'exercices de mathématiques que j'avais prévue ! Heureusement j'avais prévu des fiches d'exercices en rab'... qu'ils avalent tout aussi vite ! Je les laisse profiter d'un peu de temps libre pour dessiner ou lire un livre pendant que j'aide Romane avec les tous premiers exercices. Le français avait pourtant bien roulé ce matin (elle m'a épaté même !), mais là, les calculs... dur dur.

Romane a terminé, tout le reste de la classe également. Une fois que les enfants ont tous rangé tout ce qu'il y avait sur leur table et fermé leur cartable, il nous reste les "deux minutes" de fin de journée.

Chaque jour, nous prenons deux petites minutes en fin de journée (deux minutes seulement, et c'est chronométré !). Chaque élève est libre de parler pour dire ce qu'il a pensé de sa journée, ce qu'il a aimé ou moins aimé, ce qu'il a trouvé difficile, mais aussi dire pardon à un copain ou raconter un secret...

Petite surprise du jour qui me ravit : la semaine dernière, les enfants étaient restés sur le "j'aime/j'aime pas", ce qui est bien mais je voulais profiter aussi de ces deux minutes pour que les enfants se parlent entre eux, en terrain neutre et au calme. Mais aujourd'hui, Amar lève la main :
"Je voudrais dire pardon à Théo parce que je l'ai poussé sans faire exprès dans la queue de la cantine". Théo lui sourit, et moi aussi.
Ali en profite : "Je voudrais que Joriss me dise pardon de m'avoir poussé dans la cour de récré tout à l'heure". Je trouve ça osé, mais Joriss le regarde et tout naturellement, lui dit pardon.
Clélia lève le doigt et nous confie que ce qu'elle préfère, c'est la récréation.
Cylian lève le doigt à son tour :
"Moi je n'aime rien à l'école... A part toi !"

Je souris (intérieurement jusqu'aux oreilles). Venant de lui, c'est adorable, car je suis sans arrêt en train de le pousser à travailler et de lui demander de ne pas parler avec son voisin ou sa voisine. Récemment il travaille de mieux en mieux, et je pense qu'il a apprécié que je lui dise que j'étais vraiment contente de voir qu'il travaillait si bien...!

La cloche sonne, tout le monde repart. Pour ma part ces deux minutes auront été mon petit cadeau de la journée, et même de la semaine. Même s'il y a des hauts et des bas, je crois qu'il n'y a pas beaucoup de métiers aussi gratifiants que celui de maîtresse...

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