Arrivée à
nouveau bien tôt à l’école pour se préparer à cette longue journée.
Je plastifie
les étiquettes de porte-manteaux créées hier en arts visuels, et le souvenir du
chaos incroyable laisse place à la fierté de leurs créations.
Je cours
encore à droite à gauche et les enfants arrivent.
La matinée
s’écoule tranquillement. Comme hier matin les enfants font leurs exercices
silencieusement et tout se passe comme prévu. Je m’étonne même d’avoir trop de
temps et pas assez d’activités prévues ; je corrige tranquillement sur mon
bureau pendant que les enfants finissent leur travail quand tout à coup P. frappe à la porte.
Moi,
souriante et insouciante : « Oui ?
-
Heuuu il faudrait les laisser sortir
maintenant… »
Oups. Il est
11h35, ils auraient dû être dehors depuis deux minutes. Tout le monde sort en
trombe.
« Et le
car il est déjà parti ? »
Je rassure
tout le monde, les fait sortir avant de m’excuser platement… Les habitudes ont
la peau dure, je reste encore calée sur les horaires de l’an dernier.
Je mange un
sandwich devant mes corrections, histoire de ne pas perdre de temps comme
aujourd’hui je suis de service (et donc obligée de rester à surveiller la cour
pendant les récréations).
Certaines
fiches me donnent envie de pleurer… Dire que j’avais préparé ces exercices pour
qu’ils soient plus simples et fassent office de rappel et de remise à
niveau !
Le constat
est simple : un petit (trop petit…) groupe d’excellents élèves qui ne font
aucunes fautes ou presque et terminent tout en un claquement de doigts, face à
une grosse moitié de classe qui peine à comprendre les consignes et ne font que
la moitié des exercices…
A la
question « combien y-a-t-il de lettres dans l’alphabet ? », Romane m’écrit « iuyn ». Certains me recopient la consigne pour ne
pas se dire qu’ils n’ont rien écrit, d’autres n’ont même pas essayé d’écrire quoi
que ce soit.
Je reste
perplexe face à certaines feuilles comme celle de Romane, incapable de savoir
ce qu’il faut en penser, ni même ce qu’il faut que je note.
« Insuffisant » ? Ou tout simplement « pourrais-tu m'expliquer comment en es-tu arrivé LA ? » ?
Bref,
l’année s’annonce compliquée (mais formatrice !). N. me le confirme
à la récréation en me glissant que c’est une classe compliquée que j’ai là, et
avec laquelle elle n’a pris aucun plaisir. C’est rassurant !
J’ai une
petite pensée pour mes CP de l’an dernier…
En fin de
journée, nous prenons un temps pour faire des débats en EMC (Enseignement Moral
et Civique). Il ne faut pas longtemps avant que les réflexions collectives se
transforment en discussions personnelles tout autour du cercle… Décidémment,
dur dur la fin de journée !
Jérémie nous
confie que s’il n’y avait aucune règle et aucune loi, il choisirait de tuer
tous ceux qui se présenteraient à sa porte. Nous voilà prévenus…
Quant à
Orlane elle dormirait toute une journée (une seule ?) et se gaverait de
bonbons !
La classe se
termine, tout le monde repart, je range le bureau pour E., j’ajoute
quelques post-it et je file à la gare, valise à la main.
Je passe du
bruit de fond incessant à un silence étrange… Les quais sont déserts à part
deux papis, assis sur leur banc, qui ne monteront probablement dans aucun train
aujourd’hui. Je pense aux nouvelles de Mamie et j’ai alors l’impression qu’ils
connaissent chaque visage du village et se demande à l’instant même qui je suis
et ce que je peux bien faire là.
« Le
train en provenance de A. et à destination de C. est
annoncé voie B ». L’annonce a un échos bizarre, on se croirait dans un
film post-apocalyptique, quand tout le monde a quitté son poste, que les rues
sont désertes mais que les machines continuent de faire leur travail pour le
vent et la poussière.
Le train
file pendant que je m’enfonce dans mon siège, épuisée. Demain ce sera
rendez-vous à C. pour rencontrer des M1 terrorisés et sous pression qui
ont mille questions, jeudi formation et champagne avec les collègues de l’an
dernier. Ils n’imaginent pas comme j’aimerai pouvoir faire classe à leur côté cette
année encore...!

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