lundi 21 septembre 2015
"Et mon fils, il est comment ?"
Arrivée ce matin comme d'habitude. Et comme d'habitude c'est la course, même en arrivant à 7h40... D'autant plus que la photocopieuse décide de ne pas marcher, enfin sur trois pattes, ce qui complique la chose puisque je ne suis pas seule à vouloir imprimer/photocopier (et que 84 photocopies quand la machine doit être relancée toutes les trois pages, c'est long...).
Heureusement un visage familier apparaît dans l'encadrement de la porte : E. ! Elle n'a pas eu de remplacement aujourd'hui et a donc décidé de venir gracieusement nous aider !
Elle n'aurait pas pu trouver meilleur jour...!
Rentrés en classe, tout le monde s'installe. On fait déjà des bilans ; Ali a un mot de trois mètres de long dans le carnet (c'est étonnant...), et je découvre qu'alors qu'il était repassé dans le vert, le voilà presque direct dans le rouge puisqu'il a étranglé un de ses camarades (oui oui étranglé, au point que l'autre enfant a eu du mal à reprendre son souffle !). Haaa Ali...
Je les lance en mathématiques sur des fiches et des exercice que j'ai créés pour s'entraîner sur les dizaines et les unités (pas évident ça !). E. prend ceux qui ont le plus de difficultés avec elle, à part dans une autre classe. Et je me fais la réflexion qu'il faudrait que ce soit toujours comme ça, deux maîtres par classe, pour que chacun puisse suivre tout en maîtrisant correctement les bases.
Ils reviennent en classe juste à temps pour un petit jeu sur ardoise. Je donne un nombre de dizaines et un nombre d'unités, et à eux de me noter le nombre que je donne sur l'ardoise. Au début, je les affiche au tableau sans les dire (j'avais plastifié des barres de dizaines et des unités pour pouvoir manipuler devant la classe de manière bien visible). Tout le monde y arrive très bien, alors je complique la chose...
Cette fois-ci, je dis le nombre de dizaines et d'unités, sans le montrer au tableau. Par exemple, je dis "deux dizaines et trois unités", et à eux d'écrire 23 sur leurs ardoises. Des fois quelques pièges, dans lesquels tombent quelques uns malgré les avertissements ("attention écoutez bien : je veux deux unités et trois dizaines... Non, ce n'est pas 23 !").
Belle surprise, Romane réussit tout très bien et à la fin, répond même avant une bonne partie de la classe !
Déjà il est l'heure de la récréation, puis l'heure du midi qui arrive à toute allure derrière...
11h35, tout le monde sort sauf trois élèves : c'est l'heure de l'APC.
L'APC, c'est l'aide personnalisée, soit un temps où l'on prend quelques élèves à part qui ont des difficultés, que l'on essaye de résoudre au mieux, profitant d'être en petit comité et pouvant ainsi travailler des exercices supplémentaires. Comme ma journée fait déjà 6h, je ne peux pas faire de "vrai travail" comme la numération ou la grammaire. Je ne peux faire que de la méthodologie ; je prend donc quelques élèves qui ont des difficultés à écrire pour reprendre quelques bases (comment bien tenir le crayon, quelles sont les formes que l'on retrouve dans les lettres, entraînement sur les formes etc.).
12h05, les trois élèves (qui se sont bien appliqués !), sortent à leur tour. Je prend ma gamelle au vol et je m'installe avec les collègues pour manger (enfin !).
12h35, je les laisse et je file en classe pour faire mes corrections. Qui me prendront presque une heure... Heureusement qu'E. est là pour aller faire ranger les élèves et les amener dans le couloir !
Mise en place du vidéoprojecteur ; cet après-midi c'est arts visuels.
On découvre des tableaux bien différents, et on essaye de voir ce qu'on ressent. Le but est de leur faire comprendre qu'on peut exprimer une émotion avec un tableau, grâce à des choix de couleurs et de médiums. On voit alors que le noir s'accorde avec la tristesse, ainsi que le gris ou toutes les couleurs sombres, quand le jaune, le orange, le rose et les couleurs claires rappellent la joie et le bonheur.
Belle séance mais malheureusement les discussions entre élèves fleurissent dans tous les coins... Ca bavarde sans arrêt, et un élève chantonne carrément en classe, ce qui me rend littéralement dingue !
Finalement on fait ensemble une liste d'émotions. Chacun a une feuille blanche et doit noter au dos une émotion qu'il a envie de représenter. La semaine prochaine, ils prendront peintures et matériaux et à eux de jouer !
Déjà c'est l'heure de partir en récréation. Jérémie finit de noter ses devoirs (dur dur d'arriver à le lancer aujourd'hui...) et Ali fait la punition qu'il n'a pas faite ce week-end.
Retour en classe et sortie des fichiers d'étude de la langue. J'avais prévu d'avancer plus vite mais c'est sans compter sur la liste de 25 mots à recopier dans les bons tableaux... Ca nous prend un temps fou, je décide donc de faire l'exercice ensemble, au tableau. Mais même comme cela, impossible de terminer la page !
L'heure tourne, déjà tout le monde repart. E. me donne un Twix dans un sourire "allez, prend ta pause !". Pause qui n'en est pas vraiment une puisque nous voyons ensemble comment va se dérouler la réunion avec les parents.
Juste le temps de ranger le bureau, de voir ensemble quelques détails et les parents arrivent.
C'est très, très impressionnant. Certains ont certainement 20 ans de plus que moi, et je me sens toute petite, et toute jeune. Si j'ai déjà pris la parole devant un auditoire, cette sensation est pourtant toute nouvelle. Ils sont plus âgés, et pourtant ils me regardent tous, attendant que je parle, notant ce que je dis, me demandant à moi comment je fonctionne pour telle ou telle chose... C'est très étrange, le "mon dieu, qu'est-ce que je fais là, quelqu'un va s'en rendre compte" revient bien vite ! Je me sens illégitime, et pourtant personne ne me demande si c'est ma première année ou si je suis stagiaire.
"C'est que tu devais paraître sérieuse et assurée" me glisse Nathan au téléphone. Sûrement !
Quelques rares questions, nous les libérons et là c'est le défilé des parents. Les discussions en tête à tête s'enchaînent. La maman de Jade se demande si elle ne copierait pas un peu sur sa voisine, car ses résultats en numération l'étonne...
Celle de Romain me demande s'il ne serait pas trop bavard en classe, car il est trop excité à la maison et devrait bien mieux réussir ses devoirs ("juste pour savoir, je sais que vous faites ce que vous pouvez en les plaçant !").
Celle de Thomas me demande comme il est en classe (très bon élément mais veut finir trop vite et ne fais pas attention à la consigne !).
La maman d'Amar que j'avais déjà vu la dernière fois revient me voir pour avoir un peu des détails sur son fils en classe. Pas de bol pour lui, il est venu avec elle à la réunion. Je commence à peine "Amar travaille très bien, la seule chose qui est dommage c'est qu'il parle un peu trop...". La maman se retourne, appelle son fils et lui demande de venir immédiatement pour écouter ce qui se dit.
"Tu entends ???"
Hum... Je me retourne alors vers Amar, le complimente sur son travail et j'ajoute que c'est dommage, que s'il ne parlait pas autant avec ses camarades, je n'aurais absolument rien à redire de lui ! Il me regarde un sourire en coin. J'essaye alors de lui expliquer que ses voisins sont peut-être moins à l'aise que lui et qu'ils ont besoin de calme et de silence pour travailler. Sa maman hoche la tête ("d'accord ? Tu entends ?"), tout en me souriant. On sent réellement la maman qui ne lâchera pas son fils dans la nature ! Elle ajoute d'ailleurs qu'elle le fait travailler tous les soirs et que je ne dois pas hésiter à lui dire s'il y a un souci.
La réunion se termine avec les parents de Romane. Là aussi, des parents investis à 200%, qui connaissent les difficultés de leur fille mais qui sont prêt à tout pour l'aider à s'en sortir ! Ca fait plaisir, surtout qu'elle en a cruellement besoin. On ne manque pas de souligner que Romane est très volontaire, et fait de gros efforts (et même de gros progrès dernièrement).
Finalement ils finissent par partir à leur tour. Il est 18h30 passé...
Le temps de ranger quelques affaires, d'en embarquer d'autres... Je regarde le tas de fichiers à corriger qui m'attend au fond de la classe... Tant pis je viendrais plus tôt demain matin, mais là, stop !
Je fais appel à la bonne âme d'E. pour qu'elle me dépose en voiture, histoire d'éviter les 15 minutes de marche...
Et heureusement qu'elle me ramène, puisqu'il est 19h quand j'ouvre enfin la porte de la maison.
22h maintenant, j'ai à peine travaillé, et je m'effondre dans mon lit pour me laisser doucement emporter... En espérant que la journée de demain soit un peu moins sportive !
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Bah ça doit faire plaisir d'avoir au moins des parents investis ! Enfin, peut-être pas tous, l'étrangleur a peut-être des parents démissionnaires... En tout cas, tu sembles très bien t'en sortir !
RépondreSupprimerOui ça fait vraiment vraiment plaisir ! Surtout quand on voit certains enfants en grosses difficultés et qui ne sont pas du tout suivis, alors qu'ils en auraient cruellement besoin... (je soupçonne notamment Océane de faire ses devoirs toute seule...)
SupprimerJ'espère que je m'en sors bien, j'attends le retour de la maître formatrice, j'ai encore du mal à savoir si je m'en sors bien ou si je le crois seulement, et que j'ai pleins de choses à revoir sans m'en rendre compte ! C'est dur d'avoir un regard objectif sur sa pratique en classe, surtout qu'on ne prend pas le temps de s'interroger sur ce qu'on fait, le temps passe tellement vite...
On verra bien :)